Mais où sont les capital – risqueurs ?

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Branle-bas de combat au GPBM et à Bank Al Maghrib. Vous avez deviné la raison : le démarrage de la nouvelle génération du crédit jeunes promoteurs version TPME avec des taux d’intérêts très préférentiels, 2% en milieu urbain et 1,75% en monde rural. 

La mobilisation bat son plein pour faire du reporting quotidien à qui-de-droit sur le nombre de projets financés depuis le lancement de cette nouvelle offre bancaire très attrayante censée booster le secteur des très petites et moyenne entreprises (TPME) qui, il faut le signaler, est très dense au Maroc, représentant 93% du tissu économique national (64% pour les très petites entreprises et 29% pour les petites et moyennes entreprises) selon  les résultats de l’enquête nationale menée par le HCP auprès des entreprises en 2019. Il suit de là que le Maroc est par excellence un pays de la micro-entreprise et de l’auto-entreprenariat développée autour des petits projets opérant principalement pour nombre d’entre eux dans le commerce et les services et très peu dans l’industrie.

Le plus difficile est moins de créer son entreprise que de la faire vivre, la développer et la pérenniser. Ce qui nécessite évidemment des compétences fondamentales décisives.

Quand bien même il est séduisant, le dispositif   bancaire, appuyé par le souverain, attirera-t-il des projets à haute valeur ajoutée, genre startup dans des métiers porteurs, générateurs à la fois d’emplois et de richesses ?  Rien n’est moins sûr dans un pays qui n’a pas besoin seulement de crédits à taux faibles pour atteindre de nouveaux paliers de croissance. Ce n’est pas le potentiel de développement qui manque, encore moins les fonds. Ce qui fait défaut chez les jeunes,  c’est ce véritable esprit d’entreprendre qui suppose innovation et prise de risque, conjuguée à l’ambition de voir grand et entreprendre à des niveaux conséquents. Un trait de culture, peut-être.  Dans ce contexte,  le plus difficile est moins de créer son entreprise que de la faire vivre, la développer et la pérenniser. Ce qui nécessite évidemment des compétences fondamentales décisives tout au long de la phase post création. Une phase aussi où l’accompagnement de la banque doit pouvoir aller au-delà du simple octroi du crédit pour englober la formation et le conseil.  Selon cette configuration, l’organisme de crédit agit en vrai partenaire du porteur du projet, sachant que la réussite de ce dernier est aussi celle de la banque et par extension de l’ensemble l’économie nationale. Pour cela, il faut peut-être que les pouvoirs publics songent à créer rapidement une banque de la TPME et laisser le financement des PME et des grands groupes aux banques de la place. En vérité, le Maroc, en l’état actuel de son développement,  a  sans doute besoin d’une sorte de capital-risqueurs citoyens qui en plus des fonds apportent leur expérience et un bon réseau pour des projets au futur prometteur jugés modernes et innovants. C’est à ce prix que l’on peut épargner au pays les ratages des dispositifs du passé,  Crédit jeune promoteur et Moukawalati dont les bénéficiaires dans leur majorité, dépourvus d’expertise et d’expérience, ont « bouffé l’argent des banques » sans avoir réussi leur pari d’entreprendre. A cet effet, ce ne serait pas une mauvaise idée d’éviter de donner directement le montant du prêt au jeune entrepreneur, histoire de lui faire éviter la tentation d’utiliser les fonds à mauvais escient. Dans un système de capital-risqueurs, le porteur du projet devient un simple salarié de ses financiers, le temps que son projet prenne son envol et rencontre la réussite escomptée.         

Les pouvoirs publics ont fort à faire pour que le nouveau programme ne tourne pas à son tour au gâchis. Faute de quoi, il serait difficile de ne pas croire que les 6 milliards de DH qui lui ont été dédiés n’auront été qu’une facture sociale à payer pour désamorcer le mécontentement des exclus de la croissance.