Génération startup

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Un vent de changement vient de souffler sur l’APEBI. Le profil du binôme, les jeunes Amine Zarouk et Mehdi Alaoui, qui a obtenu le 15 janvier la confiance de leurs collègues, tranche avec celui de la présidente sortante Saloua Karkri Belkeziz qui a du coup été ringardisée. Exit l’équipe de l’« ancien monde » comme dirait Emmanuel Macron. Place à une nouvelle génération de dirigeants, décomplexée, aux antipodes de la langue de bois habituelle, qui va droit au but, parle clairement business, conquête des marchés et opportunités d’affaires.

Le profil des nouveaux élus qui ont réussi chacun à monter des startups florissantes dans le secteur digital tranche encore plus avec les têtes qui peuplent la classe politique et syndicale. Un milieu où des Amine Zarouk et Mehdi Alaoui ont toujours du mal à émerger sous le poids écrasant des dinosaures qui étouffent toute velléité de rajeunissement ou d’émancipation.  Comme peut-il en être autrement devant des Laenser, Lachgar et autres Benabdallah qui continuent à se cramponner à la chefferie comme une moule à son rocher, refusant d’insuffler une dynamique de changement qui permettrait à la jeune garde de prendre du grade pour exercer des responsabilités de premier plan. Dans cet univers sclérosé à coups de politique politicienne et de petits intérêts étriqués, le sang neuf et les idées nouvelles sont combattues, considérés comme une menace directe pour un certain ordre ou désordre établi.   

Ce n’est pas avec un tel immobilisme politique consolidé par des erreurs de casting à la pelle que le Royaume peut devenir une startup nation.

Résultat : Plusieurs années, voire des décennies passent sans que les jeunes, glorifiés juste dans les discours, ne soient encouragés à prendre la relève.  Résultat : ceux qui refusent de céder leur fauteuil quitte à vieillir dedans   volent en quelque sorte les mandats de leurs cadets condamnés ainsi à la marginalisation, alors que la sagesse acquise avec le temps devrait pourtant inciter ces résistants à l’alternance de passer la main avant d’être chassés d’un coup pied… Il est normal que dans ces conditions les jeunes désertent la politique et refusent de s’engager…Pas de quoi s’étonner. L’offre politique existante n’est pas attrayante pour eux et la situation est d’autant plus désespérante que les multiples plaidoyers royaux pour opérer un rajeunissement du personnel et de l’action politiques sont restés vains jusqu’ici.    

Prenez par exemple un parti comme le Mouvement Populaire. Depuis l’indépendance du Maroc, soit cinq décennies ou même plus, il n’a connu bizarrement comme chefs que Mahjoubi Aherdane et Mohand Laenser. Le premier a régné sur le parti depuis 1957 jusqu’à 2006 tandis que le second est à 77 ans toujours aux commandes. Évidemment, le Mouvement souffre de cette gérontocratie qui rime avec léthargie et blocages.

On peut dire autant de l’USFP, du PPS et les autres dont les chefs, une fois propulsés aux commandes, rechignent à jouer la carte de la transparence et de la démocratie. Les Laenser, Lachgar et Benabdallah battent tous les records de la longévité politique, cédant très rarement le pouvoir de leur propre chef, souvent contraints à le faire sous la pression de la base au terme de congrès houleux. Cette situation est également à l’origine des scissions en série qui ont marqué le paysage partisan national, dont elle a contribué au saucissonnage en l’encombrant d’une multitude de boutiques politiques inutiles qui n’ont de différent que les sigles ronflants. Ce qui est cocasse c’est que le nouveau leader sécessionniste, qui généralement n’a rien d’un jeune charismatique ni d’un démocrate convaincu, reproduit les réflexes du vieux chef honni alors qu’il est censé agir en rupture totale avec ses méthodes décriées. C’est ainsi que le Maroc s’est retrouvé avec une classe politique impotente, inerte qui à force de compromissions et de manœuvres d’un autre âge a perdu toute crédibilité aux yeux des citoyens. On dit que les leaders politiques, les vrais, font rêver. Au Maroc, les politiciens dans leur majorité sont tristes à faire pleurer. À commencer par le Premier ministre Saaeddine Al Othmani où la jeunesse marocaine énergique et ambitieuse a du mal à se reconnaître. Une chose est sûre : Ce n’est pas avec un tel immobilisme politique consolidé par des erreurs de casting à la pelle que le Royaume peut devenir une startup nation. Restons optimiste et formulons le vœu que l’hirondelle APEBI fera le printemps marocain.