Le Maroc entre stress hydrique et gaspillage

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Autant S.M. le Roi Mohammed VI montre l’immense intérêt qu’il porte à la problématique de l’eau et aux moyens de sa pérennisation, autant le gouvernement semble se désintéresser de cette question pourtant de haute importance. Dernière initiative royale en date dans ce domaine, la séance de travail qu’il a consacrée mardi 7 janvier 2020 au Palais de Marrakech au programme prioritaire nationale d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 d’un montant de plus de 100 milliards de DH, suivie quelques jours plus tard de la cérémonie de signature à Rabat de la convention-cadre en présence des hauts responsables concernés.

Le désintérêt de l’exécutif se manifeste essentiellement dans l’absence de stratégies de sensibilisation en direction du grand public quant à l’importance de la préservation de cette denrée précieuse qui continue à souffrir au Maroc d’un grand gaspillage. Ce qui va à l’encontre de tous les pronostics et autres projections sur le stress hydrique (lorsque les ressources sont inférieures à 1700 m3 par an et par habitant) qui commence à menacer le Maroc et que conforte certains signes avant-coureurs liés notamment au retard des pluies et leur rareté. Les chamboulements climatiques sont passés par là, qui font que les saisons généreusement pluvieuses d’antan qui garantissent le remplissage satisfaisant des barrages et la reconstitution des nappes phréatiques commencent à s’éloigner, cédant la place à des périodes de perturbation du cycle de l’eau. Ce dérèglement impacte évidemment l’agriculture qui constitue le principal secteur d’activité du Royaume dont elle continue à tirer la croissance. Dans un pays où gouverner c’est pleuvoir, selon la jolie formule de Lyautey, les responsables sont appelés à imaginer et à mettre en œuvre une politique innovante de la gouvernance de l’eau.      

Au-delà des solutions techniques qui ont évidemment leur importance, le grand défi pour le Maroc est de travailler davantage sur une véritable économie de l’eau en mettant en place des moyens d’une gestion rigoureuse de l’or bleu par une optimisation des usages. 

Le stress hydrique et un indicateur onusien qui mesure le décalage entre la disponibilité d’eau douce et la consommation effective. Dieu merci, le Royaume n’est pas dans l’état de pénurie (entre 1700 et 1000 m3) ni dans celui de la rareté (moins de 1000 m3). Cependant, il est concerné par la « diagonale de la soif » décrite par le chercheur Franck Galland qui démarre de Gibraltar, le Moyen-Orient, l’Asie centrale et s’achève au nord-est de la Chine. Urbanisation effrénée, agriculture intensive et démographie galopante… Autant d’activités et de phénomènes gourmands en eau qui pompent constamment les réservoirs ici comme ailleurs. Le programme national dans ce domaine qui anticipe les problèmes à venir vise à améliorer l’offre hydrique, s’appuie essentiellement sur la construction de nouveaux barrages et la réutilisation des eaux usées. Mais celle-ci a aussi besoin d’une rationalisation de la consommation d’une denrée précieuse qui fait déjà défaut dans certaines régions du monde alors que d’autres souffrent de coupures d’eau régulières.  Les révoltes de la soif qui ont secoué il y a quelques années certaines villes comme Zagora, Ouazzane et d’autres, ne sont pas à prendre à la légère. Ces événements sonnent le tocsin sur le manque d’eau potable qui risque d’exposer dans les années à venir le pays à une grave crise aux conséquences incalculables…

Au-delà des solutions techniques qui ont évidemment leur importance (barrages, goutte-à-goutte, dessalement de l’eau de mer, traitement des eaux usées…), le grand défi pour le Maroc est de travailler davantage sur une véritable économie de l’eau en mettant en place des moyens d’une gestion rigoureuse de l’or bleu par une optimisation des usages.   

À en croire un récent rapport réalisé il y a quelques années par un think thank américain du nom de World Resources Institute (WRI), le Maroc devra affronter un niveau de stress hydrique extrêmement élevé d’ici 2040. Tout comme une trentaine de pays de la région Mena (Middle East North Africa), le Royaume risque même de perdre plus de 80% de ses ressources actuelles en eau d’ici 25 ans, selon cette étude intitulée « Palmarès des pays manquants le plus d’eau en 2040 ». C’est ce scénario-catastrophe que le souverain en prenant la question de l’eau à bras-le-corps veut faire éviter à son Royaume.