Bâtir l’homme

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Le grand danger qui guette le nouveau modèle de développement sur lequel planche la commission Benmoussa est qu’il se transforme, à force de fausses-bonnes-idées, de professions de foi et d’envolées trop savantes, en tarte à la crème. Tout le monde devient expert en la matière et livre sa petite idée sur le sujet.  Aussitôt après le discours royal qui a abordé cette question pour la première fois, chacun y est allé de son laïus, de sa solution et de son idéal. C’est la foire aux propositions.    

Mais il y a loin de la déclamation à la mise en œuvre. C’est le talon d’Achille au Maroc où les recommandations dans tel ou tel domaine buttent souvent sur leur concrétisation. Si le manque de volonté politique y est souvent pour quelque chose, les dysfonctionnements proviennent la plupart du temps d’un défaut d’articulation des différentes mesures qui empêche l’application efficiente d’une réforme ou la vident carrément de sa substance. En cause là aussi, une particularité très marocaine :  l’absence de coordination entre les différentes parties prenantes impliquées dans le processus de mise en œuvre. La crise du système éducatif national illustre parfaitement cet état de fait. Si celle-ci perdure plus que de raison malgré plusieurs réformes dont la première avait démarré en 1998 avec la fameuse COSEF (Commission spéciale Éducation-Formation) c’est que l’implémentation des dispositions de ces refontes en série a été mal faite. Le fameux programme d’urgence dont a bénéficié le même secteur (2009-2012) n’a-t-il pas englouti plusieurs milliards de dirhams sans que les objectifs escamotés, à savoir la correction des défaillances de l’école publique, n’aient été atteints ?           

Il ne faut pas se tromper de nouveau de combat ni se lancer dans de nouvelles entreprises hasardeuses qui feraient encore perdre du temps au pays et le condamnerait à rester rivé au bas des classements internationaux en matière du développement humain.

Pour la commission sur le nouveau modèle de développement, le grand défi consiste, au-delà du catalogue des idées émises par les uns et les autres, est de tenir le fil d’Ariane. Et ce fil d’Ariane a pour nom l’Education dans son acception la plus large, sachant que la commission Benmoussa ne va pas inventer le fil à couper le beurre. Tous les pays qui ont réussi leur développement se sont d’abord appuyés sur un système éducatif performant, seul et unique levier pour assurer progrès et prospérité.  Soyez-en sûrs : S’il y’avait une autre voie que celle de l’investissement dans le capital humain, ces pays-là l’auront emprunté depuis longtemps. Le point de départ et le pilier c’est donc : bâtir l’homme. Après, le reste, les autres attributs du développement, suivra dès lors que la population, contrairement à la majorité des citoyens marocains d’aujourd’hui, sera outillée pour se prendre en charge, entreprendre, innover et réussir. Dans cette configuration, le citoyen devient un atout et non un fardeau, un allié et non un facteur de blocage. Les fondations étant ainsi érigées, les pouvoirs publics sont  assurés de construire le développement sur des bases solides, étage après étage, sans risque de faire du surplace ou régresser en se fourvoyant dans la  déperdition d’énergie et des moyens qui mine le Maroc depuis plusieurs décennies à cause justement de la négligence de l’élément humain dans l’équation du développement et que le Royaume paie aujourd’hui au prix fort.

Il ne faut pas se tromper de nouveau de combat ni se lancer dans de nouvelles entreprises hasardeuses qui feraient encore perdre du temps au pays et le condamnerait à rester rivé au bas des classements internationaux en matière du développement humain. L’autre pilier sans lequel tout développement serait incomplet, voire boiteux est l’Etat de droit. Celui-ci passe évidemment par une justice saine, véritablement indépendante, garante de l’égalité de tous devant la loi.

Education de qualité et justice juste pour tous. Le chemin est balisé pour la commission Benmoussa si la volonté politique y est véritablement pour faire faire au pays un grand bond en avant.