Mohamed El Ouardi a bâti une véritable entreprise d’escroquerie via des enseignes bidon qui commercialisaient des projets immobiliers fictifs. L’arnaque porte sur plusieurs milliards. 



Le cercle des victimes de Mohamed El Ouardi s’élargit à mesure que la nouvelle de son arrestation s’est répandue. On parle de 800 victimes pour le moment dont une bonne partie sont des Marocains de l’étranger. Mais seule l’enquête, ouverte par le tribunal de Aïn Sebaa, en déterminera le nombre exact ainsi que l’entendue de l’escroquerie qui pourrait toucher certaines banques de la place.

L’homme, en détention préventive depuis le 21 novembre dernier à la prison de Oukacha, est sans scrupules. Il a frappé jusque dans son propre entourage familial. C’est ce que montre un enregistrement sonore balancé sur internet où un homme se présentant comme le cousin de l’escroc présumé raconte avoir été truandé par ce dernier à hauteur de 8       millions de DH sur un projet immobilier à Marrakech, baptisé Louisiana.

 

Le comble c’est que le groupe Bab Darna dont El Ouardi se présente comme le président n’existe même pas. Il s’agirait, selon toute vraisemblance, d’une espèce de marque commerciale qu’il a inventée pour se faire juste un nom sur le marché et attirer la foule des gogos. Preuve, ces derniers ont établi sans se poser trop de questions les chèques au titre des réservations au nom d’autres enseignes que cet escroc en béton a multiplié pour brouiller les pistes. Mais c’est Bab Darna que cet ancien cadre d’une société de transfert d’argent où il a détourné des fonds, met en avant, la présentant comme coiffant diverses filiales dans différents secteurs. Pour l’industrie, il opère avec ABE Briques, Best Bitume et Bitumax. Dans la Finance, il sévit via Rayhan Capital. En matière de services, il s’appuie sur Novassur et Cash Center. Dans le domaine agro-alimentaire, il se farcit ses clients à l’aide de Tichka Frigo et Palm Food. Dans les télécoms, il commet ses forfaits par Canal M et Tediscom et dans les BTP par l’intermédiaire de Lamotrav.   S’agissant de l’immobilier, les enseignes fictives sont multiples : Rasma Invest, Medi House, Manazil Al Bayda, Rimova et Espace Assakina. Une galaxie de noms de sociétés bidons servant de paravent pour détourner l’argent des personnes physiques et morales.                                                                                                                                                                                                                                                                                    

Bien des signes suspects auraient dû alerter les réservataires grugés en leur mettant la puce à l’oreille pour flairer ce qui sentait l’arnaque à plein nez. Il y a ensuite le fait que la plupart des projets immobiliers commercialisés dans le cadre de la Vefa (Vente en état futur d’achèvement) sont fictifs, installés sur des terrains n’appartenant même pas à M. El Ouardi. Personne parmi les victimes n’avait pris la peine de faire les vérifications nécessaires auprès de la conservation foncière. Ce n’est qu’après coup, une fois que les projets ont traîné en longueur plus que de raison, que certains clients devenus soudains méfiants, ont eu l’idée d’enquêter… Mais c’était déjà trop tard. « El Ouardi avait quelque chose de fortement rassurant. Pour tout dire, il dégageait une grande confiance », confie une victime. « Je suis certain qu’il usait de sorcellerie pour endormir ses victimes qui lui remettent de l’argent souvent en cash de manière aveugle », renchérit un autre.

Mauvaise surprise

Mohamed El Ouardi, un escroc chic et magique ? En vérité, l’accusé a habilement exploité un trait bien marocain, celui de la recherche de la bonne affaire, la fameuse h’miza qui fait perdre à bien des citoyens le sens du discernement. Villa pour le prix d’un appartement, prix défiant toute concurrence, facilités de paiement sur plusieurs années et deux lots achetés, le troisième offert…Autant de techniques alléchantes utilisées par ce faux promoteur et vrai escroc pour délester les gens de leur argent. Dans nombre de cas, c’est une économie de toute une vie qui part en fumée.       Une chose est sûre : El Ouardi n’a pas dû agir seul. Pour truander autant de monde au Maroc et à l’étranger en lui fourguant des projets immobiliers virtuels, il s’est certainement appuyé sur des complicités diverses et bien solides. Seule une enquête judiciaire approfondie saura révéler la nature et l’ampleur de cette arnaque dans des domaines qui dépassent celui des contrats de réservations immobiliers. Cela fait une quinzaine d’années que R.A. se bat pour récupérer ses plateaux bureaux situés à Casablanca qu’il a loués depuis 2003 à Sidhom El Ouardi qui y installa le siège d’une de ses sociétés spécialisés dans la distribution de la téléphonie mobile du nom de Tediscom. Mal en a pris à cette personne de lui faire confiance. «M. El Ouardi qu’il considérait comme un ami très proche s’avère vite être un mauvais payeur qui respire la mauvaise foi », explique-t-il aujourd’hui, accusant le faux promoteur d’avoir ruiné sa vie et brisé son foyer.  Après une longue bataille judiciaire, le plaignant est rétabli dans ses droits par le tribunal de commerce de Casablanca qui s’est prononcé en date du 6 mars 2017 pour l’expulsion du locataire et le dédommagement du propriétaire. Mais quelle ne fut la mauvaise surprise de ce dernier en apprenant que El Ouardi a procédé à son insu au nantissement du fonds de commerce de son business auprès de la Société générale pour garantir un prêt de 5 millions de DH !  Comment se fait-il que cette banque ait accordé une somme aussi  pharamineuse à un homme insolvable doublé d’un escroc ? Une somme qui plus est sans commune mesure avec la valeur des éléments corporels et incorporels qu’elle est censée garantir ? Un nouveau scandale en béton à l’horizon…

Jamil Manar