Le cauchemar continue de plus belle et en plus injuste pour les copropriétaires de la résidence « Babylone » à Marrakech. Un nouveau rebondissement judiciaire pour le moins inattendu les a plongés dans une grande perplexité.  Et pour cause…

Le principal accusé, le dénommé Youssef El Hadna, a été acquitté récemment par la Cour d’appel de la ville auprès renvoi devant la Cour de cassation de son dossier pour deuxième lecture. Le plus étonnant dans cette histoire c’est que la même Cour d’appel avait condamné le 18 septembre 2017 dans le cadre de la même affaire pour les mêmes faits le même mis en cause à  une peine d’emprisonnement  ferme d’une année et demie assortie d’une amende de 100.000 DH et de dommages et intérêts à verser aux parties civiles. Le prévenu avait été alors reconnu coupable pour proxénétisme et aménagement d’appartements qu’il possède dans la résidence Babylone à des fins de prostitution au profit notamment de touristes issus des pays du Golfe. Les multiples perquisitions effectuées par la PJ de la ville dans ses appartements transformés en maisons closes ont corroboré les accusations portées à son encontre par les copropriétaires. La première descente policière effectuée le 7 août 2015 s’est soldée par l’arrestation en flagrant délit d’un groupe d’individus de nationalité étrangère accompagnés de « filles de joie » (Voir Canard 460).  Interrogés, ces derniers ont livré des détails sur ce trafic illicite, reconnaissant avoir loué les appartements en question chez l’agence immobilière appartenant à M. El Hadna pour y animer des soirées de débauche.   Arrêté à son tour, le dénommé Samih, l’animateur de cette activité sordide pour le compte de M. El Hadna, a confirmé que les habitations sont exploitées à des fins de prostitution sur ordre de son patron et que le produit de la location qui peut aller jusqu’à 2.000 DH par jour pour un seul appartement est directement empoché par lui. Un business illicite mais juteux   qui a permis à l’intéressé d’accumuler une fortune colossale.     

Plutôt que de répondre à la première convocation de la police pour être auditionné sur ces faits graves, M. El Hadna a préféré courageusement la fuite mais il sera arrêté après le lancement d’un avis de recherche à son encontre.

Perquisitions

Devant les enquêteurs, il passera à table, reconnaissant être en parfaite connaissance de ce qui se passait à l’intérieur de ses appartements, objets de plaintes des résidents. Les victimes de ce drôle de personnage parmi lesquelles figure une journaliste de la SNRT brandissent aujourd’hui  la page 13 l du PV de la PJ en question où l’accusé reconnaît être au courant des soirées de fornication et de stupre se déroulant dans les  habitations en sa possession à « Babylone ».    

Résultat : ces derniers,  qui ont saisi le président délégué de l’Autorité judiciaire et le président de la Cour de cassation, ont du mal à saisir les raisons qui ont poussé la Cour d’appel de Marrakech d’abandonner dans son dernier jugement la responsabilité pénale du mis en cause en se basant sur le fait qu’il n’était pas au courant des agissements répréhensibles se déroulant entre les murs de ses maisons, arguant que ses aveux  consignés dans le PJ sont une interprétation de l’enquêteur et non un aveu clair et irrévocable de l’accusé.  Et les perquisitions policières qui ont prouvé le flagrant délit ce débauche dans ses logements ?

Ce ne sont pas seulement les plaignants qui contestent vigoureusement le jugement d’acquittement du principal accusé. Le procureur général près la Cour d’appel de Marrakech aussi. Celui-ci a introduit en date du 9 juillet 2019 un recours contre ce jugement curieux qu’il considère infondé dans le fond et demandé par conséquent la révision du procès, après avoir rappelé les aveux de tous les protagonistes de cette affaire. À commencer par ceux du principal accusé et de son collaborateur ainsi que les témoignages accablants de leurs clients d’une nuit pour ce drôle de personnage qui défie tout le monde. Sans trop s’inquiéter .

Climat de terreur à “Babylone”

Située sur la prestigieuse avenue Mohammed V, « Babylone » a acquis une réputation peu flatueuse qui illustra la séquence d’un reportage sur la prostitution à Marrakech diffusée le 16 juin juin 2016 sur TF1 dans l’émission « Sept à Huit ». Les copropriétaires vivaient dans la quiétude jusqu’au jour où M. El Hadna, patron d’une agence immobilière de la place, jette son dévolu sur cette belle résidence dont il possède aujourd’hui une cinquantaine d’appartements dédiés à la débauche, après avoir poussé les copropriétaires dégoûtés à vendre…Scandalisés par la dégradation du standing et de l’image de leur immeuble, exaspérés par les nuisances générés par cette débauche à grande échelle, nombre de résidents ont fini en effet de guerre lasse par vendre leur bien. Ballet incessant des taxis déposant les filles de joie en bas de l’immeuble, défilé continu des « clients» pour la plupart issus des pays du Golfe,  différents tapages nocturnes (musique à plein tube, éclats de rire, chants, danse et autres bruits plus indécents), rixes entre les agents du loueur et ses locataires, bagarres entre prostituées ivres et leurs partenaires d’une nuit…Ce n’est évidemment pas une résidence pour familles respectables ou personnes sans histoires. Il y a effectivement de quoi fuir définitivement ce lieu malfamé et cette ambiance odieuse. Ceux qui ont fait le choix de rester et de résister seront victimes de représailles, à l’image de ce couple de retraités français qui a dénoncé sur son compte Facebook les agissements de M. El Hadna : « En 2016, alors qu’il était en fuite, il a donc provoqué pendant un mois des inondations systématiques et volontaires dans notre logement en faisant déverser chez nous des milliers de litres d’eau, mélangée parfois même à de l’acide (…) pour commettre son forfait vengeur», écrit  ce résident courageux qui dit vivre en permanence dans un climat de terreur et de torture psychologique.