Éthique et toc

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La conduite morale dans la responsabilité publique a-t-elle réellement un sens au Maroc ? Qui en respecte encore les règles dans notre pays lorsque l’on sait qu’un Réda Chami et ses semblables, investis de charges publiques de premier plan,   ont des comportements qui ne les mettent pas au-dessus de tout soupçon ? Comment est-il possible que le président du Conseil économique, social et environnemental, CESE (voir Le Canard n° 583), s’autorise pareil entorse à la déontologie en acceptant d’être administrateur dans une banque de la place sans que cela ne lui pose le moindre cas de conscience ni ne l’interroge dans son rapport au service de l’État et la conception qu’il s’en fait ? M. Chami s’est autoproclamé «administrateur indépendant» dans une volonté de faire croire aux gogos qu’il ne perd en rien ni son indépendance ni son objectivité en acceptant de se faire rémunérer par un organisme bancaire. Se cacher derrière des abus de langage pour faire passer la pilule est encore plus affligeant. Car la qualité d’indépendant ne s’auto-octroie pas. Ce sont les autres sur la base de l’appréciation de votre action qui vous décernent le brevet de bonne conduite. Comment peut-il faire preuve d’indépendance et d’impartialité si l’instance qu’il dirige est amenée à mener une enquête sur le secteur bancaire ?

Si l’on voudrait introduire une bonne dose d’éthique dans la vie publique et pousser les citoyens à croire dans les discours officiels sur la question, c’est mission accomplie !  En vérité, on est encore loin, très loin du chemin qui mène à cette moralisation puisque les actes continuent à contredire allégrement les discours. À force de s’imposer comme allant de soi et même monnaie courante, les conflits d’intérêt à la Chami ne choquent plus grand-monde sous nos cieux. La pratique, pourtant moralement répréhensible, se banalise de plus en plus.


Or, l’éthique au travail, que ce soit dans le service de l’État ou en matière des affaires, est fondamentale.

Dans un pays où les institutions dans leur ensemble sont minées par une profonde crise de confiance, les attitudes à la Chami ne font que l’accentuer tout en renforçant chez le citoyen le sentiment de « tous pareils », « tous pourris». Ce n’est pas en courant derrière les jetons de présence que la crédibilité de l’action publique pourra être restaurée. Bien au contraire.

En se jetant sur le poste d’administrateur «indépendant» comme s’il était un prolétaire qui connaissait des fins de mois difficiles, le président du CESE a montré qu’il n’a pas mesuré à sa juste valeur la haute importance de la confiance royale dont il a été investi.

En se jetant sur le poste d’administrateur «indépendant» comme s’il était un prolétaire qui connaissait des fins de mois difficiles, le président du CESE a montré qu’il n’a pas mesuré à sa juste valeur la haute importance de la confiance royale dont il a été investi.

En la lui accordant pour présider aux destinées du CESE, S.M. le Roi Mohammed VI l’a placé de facto au-dessus des intérêts particuliers pour ne servir que ceux de l’État et de l’intérêt général, loin de tout conflit d’intérêt ou confusion des genres, de nature à le mettre sous influence ou à altérer son jugement. De façon à ce qu’il incarne in fine les valeurs classiques du service public que sont principalement le désintéressement et la probité. Or, cet idéal ne correspond que très rarement à la réalité dans un pays où le népotisme, le trafic d’influence, la corruption et l’enrichissement indu gangrènent les différentes strates de l’administration. Au-delà du cas Chami, c’est tout un système qui dysfonctionne sur le plan moral alors que l’éthique représente la base de la bonne marche des affaires de l’État et de la bonne gouvernance nécessaire à l’atteinte de bons résultats qui conduisent à la satisfaction du citoyen. Pure illusion dans un contexte où nombre de responsables utilisent la charge publique comme un tremplin pour satisfaire des ambitions personnelles.