Déserts médicaux

0

Les marchés aux budgets colossaux relatifs aux divers équipements médicaux destinés aux hôpitaux laissent perplexes, suscitant un tas d’interrogations sur leur utilité dans un pays où la santé publique est minée par une série de dysfonctionnements et de carences qui relèvent souvent de l’imprévoyance.   

Au-delà de l’absence de transparence dans l’attribution de ces marchés et la compétition féroce auxquels ils donnent lieu en coulisse entre les différents fournisseurs, la véritable question et non des moindres est celle-ci : Pourquoi dépenser plusieurs milliards pour équiper des centres de santé aux quatre coins du pays alors que près de 250 structures de ce genre dotées des installations nécessaires sont condamnés à la fermeture ?  La réponse coule de source. Nous sommes face à des opérations de dilapidation des fonds publics à grande échelle sous couvert d’appels d’offres dont la seule utilité est d’enrichir les différents protagonistes de ce qui ressemble à un business juteux. 

Le dernier appel d’offres du genre portant sur l’acquisition d’unités de soins mobiles-une invention de l’ex ministre de la santé Louardi et de ses copains- vient d’être annulé par son successeur Anas Doukkali devant la pression médiatique orchestrée en sous-main par les concurrents qui avaient l’habitude de truster ces marchés du temps de Lahoucine Louardi.

Pour les maladies graves et les urgences, le monde rural est totalement démuni. En l’absence d’ambulances et de moyens de transport tout court, le malade doit se débrouiller avec ses propres moyens s’il en a pour se faire admettre en ville.

Récapitulons : D’un côté des centres de santé par centaines fermés à double tour avec du matériel rongé par la rouille, et de l’autre l’insolente santé de la machine à lancer des marchés qui fonctionne à plein régime !  Il y a manifestement quelque chose qui ne tourne pas rond dans cette histoire. Au lieu de s’attaquer de front aux problèmes objectifs de la santé par l’adoption d’une politique efficiente bâtie autour de l’élément humain,   l’Etat continue à financer à fonds perdus des projets et des équipements qui ne servent strictement à rien alors que le mal est ailleurs : l’absence de motivation des médecins qui boycottent de manière chronique les centres de santé construits dans le Maroc profond.  Résultat : dans bien des zones reculées et parfois enclavées, les dispensaires sont gérés par des infirmiers qui y officient une fois par semaine pour soigner juste des petits bobos. Pour les maladies graves et les urgences, le monde rural est totalement démuni. En l’absence d’ambulances et de moyens de transport tout court, le malade doit se débrouiller avec ses propres moyens s’il en a pour se faire admettre en ville. Une véritable galère. Dans les petits centres citadins, l’offre de soins aussi bien dans le public que dans le privé reste très insuffisante, voire indigente. La mort rôde.

Face à cette situation pénalisante pour nos compatriotes des campagnes, l’action de bons sens est pourtant évidente : Agir sur les territoires de la ruralité pour les rendre attrayants de telle sorte que les médecins dont la majorité est formée grâce aux fonds publics y trouvent leur compte en termes de confort aussi bien personnel que professionnel. Souvenez-vous du service civil obligatoire que l’ex-ministre de la Santé voulait instaurer en 2015 avant qu’il ne fasse marche arrière devant la contestation très forte des étudiants en médecine ? Certes, nous reconnaissons notre dette envers le pays qui nous a formés mais nous refusons d’exercer dans des contrées où il est difficile de travailler dans des conditions convenables en vivant décemment, tel a été le message des futurs médecins.        

C’est ainsi que le Maroc a développé au fil des ans d’immenses «déserts médicaux» doublés de no man’s lands socioéconomiques sans jamais engager de réflexion sérieuse sur les moyens à mettre en œuvre pour résorber les déficits considérables qui les plombent. Or, la santé est un secteur vital transversal qui ne concerne pas que le ministère de tutelle et ses directions qui ne soignent in fine que les appels d’offres bidons et juteux. Tant que les pouvoirs publics n’auront pas compris que la santé n’est pas un luxe et qu’elle fait partie de l’attractivité du territoire, le pays continuera à se débattre dans ses mille et un maux.

PARTAGER
Article précédentDéserts médicaux
Article suivantMomo et Gaby (3)