Le Maroc à vau-l’eau

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Nombre de rapports internationaux tirent la sonnette alarme depuis des années et le dernier en date, celui du CESE, vient de le confirmer : Le Maroc est en train d’aller à pas soutenus au devant de grandes difficultés hydriques. Malgré le caractère alarmant de la situation, les pouvoirs publics comme s’ils étaient inconscients ne semblent pas prendre encore cette menace au sérieux, dont les conséquences sont désastreuses sur tous les plans : humain, agricole, économique et social. Dans son rapport, le Conseil économique, social et environnemental a partagé des indicateurs qui n’ont rien de rassurant : Les ressources hydriques du Maroc sont tombées actuellement à moins de 650 m3 par habitant et par an contre 2500 m3 en 1960. A l’horizon 2030, soit dans une décennie seulement, elles chuteront à 500 m3.  Or, les signes avant-coureurs de ce scénario-catastrophe sont déjà là : Le retard des pluies et leur rareté, accompagnée par des vagues de chaleur anormales. Ce phénomène préjudiciable pour l’agriculture qui pèse lourd dans le PIB national découle des changements climatiques qui ont également provoqué au cours du mois d’août dernier des inondations exceptionnelles et ravageuses dans nombre de régions du pays. Confronté déjà à un stress hydrique, le Maroc pourrait même perdre plus de 80% de ses ressources actuelles en eau d’ici 25 ans, selon une étude intitulée « Palmarès des pays manquants le plus d’eau en 2040 », réalisée il y a quelques années par un think thank américain du nom de World Resources Institute (WRI).

Or, l’eau est un bien public précieux, un droit vital pour tous au même titre que l’oxygène. Mais force est de constater que cette question transversale qui concerne plusieurs intervenants n’a pas reçu jusqu’ici tout l’intérêt qu’elle mérite dans le débat politique et les processus de prises de décision. Certes, les autorités encouragent et financent divers procédés d’économie d’eau notamment dans le domaine agricole. Mais ces efforts restent insuffisants en regard de l’ampleur du gaspillage, la pression permanente sur les nappes phréatiques et en prévision de la menace qui guette le Maroc. Ce qui fait défaut à cet égard c’est une politique rigoureuse de rationalisation de l’utilisation de cette denrée précieuse doublée d’un dispositif de répression des abus.

Il s’agit de faire comprendre aux usagers par des messages pertinents que l’eau potable, qu’elle émane des puits, provienne des sources ou coule des robinets, n’est pas inépuisable. Cette pénurie, plusieurs de nos compatriotes la subissent déjà au quotidien dans plusieurs régions…

Ceci passe d’abord par des campagnes de communication large public en vue de sensibiliser les citoyens à l’urgence hydrique. Objectif : déclencher une prise de conscience collective autour à la fois des difficultés d’accès à l’eau et de la crise écologique que la planète vit aujourd’hui.

Il s’agit de faire comprendre aux usagers par des messages pertinents que l’eau potable, qu’elle émane des puits, provienne des sources ou coule des robinets, n’est pas inépuisable. Cette pénurie, plusieurs de nos compatriotes la subissent déjà au quotidien dans plusieurs régions comme Essaouira, Taounate, Zagora et bien d’autres localités montagneuses. Ici, les habitants sont obligés d’acheter l’eau acheminée par citernes ou faire plusieurs kilomètres pour s’approvisionner. Le déficit pluviométrique n’est pas évidemment le seul responsable de cette situation ; en cause aussi l’absence d’un véritable programme national d’économie d’eau et de sa planification. Ce qui ouvre la porte à toutes les dérives comme l’autorisation de la culture de la pastèque, un fruit de saison très gourmand en eau, dans des zones désertiques comme Zagora et Tata. Difficile dans ces conditions d’indifférence des pouvoirs publics de combattre cette mentalité de gaspillage qui touche toutes les strates de la société. Dans un pays où l’impératif de la préservation de l’eau n’est pas véritablement une préoccupation, il est urgent de changer de comportement à travers la sensibilisation aux bonnes pratiques dans les usages domestiques, de manière à amener les Marocains à réduire leur propre consommation d’eau. Il est urgent d’agir. Perdre du temps sans rien faire c’est réduire les chances du pays de remonter le courant.

NB : Quelques faits sur l’eau

• L’être humain a besoin de 2 à 5 litres d’eau par jour pour survivre ;

• 2 milliards d’êtres humains n’ont pas accès à de l’eau potable propre ;

• 5.000 êtres humains meurent chaque jour par manque d’eau ;

• 2030 est l’année où, selon les estimations des

Nations-Unies, près de la moitié de la population mondiale vivra dans des zones

pauvres en eau.