Morts (ordinaires) par négligence

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Au Maroc, les drames à caractère collectif se suivent et se ressemblent. Quand ce n’est pas un autocar mal entretenu qui finit sa course folle dans un ravin en semant la mort parmi les passagers ou un véhicule déglingué transportant comme du bétail des ouvrières agricoles n’est pas percuté par un train sur un passage à niveau non sécurisé, ce sont les oueds en furie qui emportent des citoyens dans le Maroc profond. Ces tragédies récurrentes, les dernières en date étant les inondations de Taroudant et d’Er-Rachidia, qui mettent à chaque fois le pays en émoi suscitent invariablement la même question : À qui incombe la responsabilité ? Or, cette dernière faute peut-être de volonté politique n’est jamais déterminée. Tout se passe comme si personne n’était responsable des événements fâcheux et que l’impunité à ce niveau-là devait rester de mise quand bien même des voix s’élèvent dans la foulée pour réclamer des sanctions à l’encontre des coupables. Mais rien ne se produit surtout que la justice n’a toujours pas pris l’habitude de s’emparer de ce genre de faits divers dramatiques. Objectif : préciser les circonstances des accidents afin de déterminer les responsabilités des uns et des autres pour traduire éventuellement les accusés devant la justice.

On n’en est pas encore là au Maroc alors que le parquet a acquis depuis quelques années son indépendance vis-à-vis du gouvernement ; ce qui est censé permettre à l’appareil judiciaire d’ouvrir de manière diligente une information judiciaire sans attendre qu’il soit actionné par le pouvoir politique surtout quand il y a mort d’hommes. Des morts d’hommes dans des catastrophes pour négligence des dépositaires de l’autorité publique, le Maroc en a connu et en connaît régulièrement. Sans que ces drames ne fassent l’objet d’une instruction judiciaire avec enquête policière et audition de tous les protagonistes. Le même désintérêt prévaut sur des dossiers, qui sont monnaie courant, relevant de l’incurie locale ou nationale. N’est-il pas fréquent que des routes fraîchement construites, aussi bien dans le Maroc des villes que des campagnes, montrent des signes de détérioration après le passage d’une forte pluie ? Là aussi, rien ne se passe : les acteurs du chantier défaillant, élus, entrepreneurs, bureaux d’études, ne sont ni auditionnés ni inquiétés. 

N’est-il pas fréquent que des routes fraîchement construites, aussi bien dans le Maroc des villes que des campagnes, montrent des signes de détérioration après le passage d’une forte pluie ?

Circulez, il n’y a rien à savoir… Il arrive toutefois que l’on fasse exception à cette règle lorsqu’il s’agit de faire porter le chapeau aux lampistes comme ce fut le cas avec le conducteur du train de Bouknadel accusé d’homicide et de blessures involontaires après le déraillement en octobre 2018 du TNR n°9 imputé à un excès de vitesse. L’incarcération du chauffeur, condamné à 5 mois de prison ferme n’aurait pas à la limite surpris l’opinion si des responsables de l’ONCF avaient été également convoqués et auditionnés par la justice au sujet de ce drame où les zones d’ombre ne manquent pas. Difficile dans ces conditions de ne pas avoir le sentiment que l’on a voulu limiter l’affaire au seul conducteur. Erreur ou horreur d’aiguillage ?

La dernière tragédie de Taroudant, où plusieurs citoyens ont trouvé la mort dans un stade construit sur le lit d’un oued en furie, connaîtra-elle une issue judiciaire conformément à la promesse du Premier ministre ? On verra bien si les élus qui ont autorisé ce projet mortel seront mouillés…