Très cher tourisme national

0

Depuis quelques années, le Maroc est devenu un pays émetteur de touristes au pouvoir d’achat assez conséquent. Pas seulement par désir de découverte légitime d’autres destinations où il fait tout aussi bon bronzer tout en pratiquant du lèche-vitrine. Mais parce qu’ils sont poussés en quelque sorte à tourner le dos à leur propre pays qui regorge pourtant d’attraits touristiques oscillant entre mer, désert et montagnes. Le coup de chaud qui frappe jusqu’à l’insolation les prix notamment pendant la haute saison propice au voyage surtout en famille les refroidit et leur fait fuir la douceur du climat estival local que ce soit à Agadir, Tanger, la côte tétouanaise ou Saaidia. Et ça tape bien plus fort que le soleil de Marrakech ou de Zagora tout en laissant un goût amer. De quoi vous ôter tout désir brûlant de rigoler…

Certes, nul n’est touriste en son pays. Mais pas au point d’envoyer par paquets plusieurs milliers de touristes locaux issus de la classe moyenne vers les belles côtes espagnoles voisines de Costa Brava ou Costa del Sol ou dans les stations balnéaires accueillantes d’Antalya en Turquie.

Le balnéaire des destinations concurrentes affiche des prix beaucoup moins élevés que celui très rudimentaire de notre très cher pays avec en prime un environnement propre, sain et divertissant.

Le balnéaire des destinations concurrentes affiche des prix beaucoup moins élevés que celui très rudimentaire de notre très cher pays avec en prime un environnement propre, sain et divertissant. Ce qui n’est pas le cas du tourisme dans le Royaume où le touriste est confronté, outre à l’ennui faute de d’animation, à mille et une nuisances. Ce touriste maison en quête d’un bon rapport qualité-prix, qui dépense et consomme, ne mérite-il pas mieux chez lui ?  Les professionnels n’en ont-t-il pas besoin pour faire tourner leur propre business tout en permettant à l’État de réduire la saignée des sorties de devises ? À quoi sert le ministère du tourisme s’il est incapable d’agir sur le réel touristique pour l’adapter aux attentes des touristes ?

Et puis, il n’est pas normal que le Maroc touristique soit plus cher pour ses propres citoyens que pour les visiteurs étrangers. Qu’est ce qui justifie par exemple que la même chambre qui se vend pendant cet été au touriste local à 5.000 DH la nuit en formule all inclusive a été vendue il y a quelques mois à moins de 600 DH? Si ce n’est pas de l’arnaque, cela y ressemble beaucoup. Les prix affichés sur le menu d’un complexe qui vient d’ouvrir ses portes sur la route d’Asilah donnent le tournis. Un bol de harira de Fès grimpe à 90 DH alors qu’un sandwich poulet s’envole à 120 DH. Un panini de jambon club de dinde risque de vous rester en travers de la gorge : 140 DH !  Les touristes du cru qui voulaient s’offrir un weekend tangérois ont d’autant bien dégusté qu’ils n’ont pas mangé à leur faim…   

Avec de pareils prix astronomiques que rien ne justifie, sinon le désir de gagner plus et vite au détriment de la satisfaction du client et sa fidélisation, on encourage bien le tourisme intérieur et le visiteur local lambda à aller découvrir son pays où il y a pourtant tant à voir. Mais principalement à l’état naturel, faute d’un travail de valorisation de l’offre pour en faire un produit de qualité qui soit accessible au grand nombre.