Les séjours linguistiques ont le vent en poupe. Surfant sur la vague, les sites proposant ce genre de  voyages

pullulent sur Internet. Mais attention, ne vous fiez pas au premier site venu.

 

Pour éviter les mauvaises surprises, les parents feraient mieux de bien se renseigner avant d’arrêter leur choix sur tel ou tel programme. En effet, tous les promoteurs des voyages linguistiques ne sont pas aussi sérieux qu’ils le déclarent. Certains sont même devenus d’excellents prétextes pour les adolescents qui cherchent à se livrer loin du contrôle parental à des petits vices entre copains du moment venus de différents pays.       

C’est le cas d’une enseigne fondée par deux Italiens du nom de Sprachcaffe qui se targue pourtant sur son site web d’être une enseigne prestigieuse d’apprentissage des langues à l’étranger pour enfants comme pour adultes, alliant sports et sorties culturelles. Mais la vérité est toute autre s’agissant des étudiants mineurs. Nombre de parents qui ont fait confiance au programme pour l’apprentissage de l’anglais à Malte au cours de ce mois de juillet l’ont découvert à leurs dépens. Si vous voulez que votre enfant soit plutôt initié à 14 ans et même moins à la fumette, à l’alcool et probablement à bien d’autres saloperies, envoyez-le avec Sprachcaffe ! C’est une excellente école pour ça et les responsables savent fermer les yeux! Le programme n’est pas donné. Pour deux semaines, il faut compter la bagatelle de 15.000 DH. A ce tarif-là, c’est franchement très cher payé compte tenu des dangers que ce programme comporte et de la qualité très discutable de la prestation aussi bien hôtelière que linguistique.    

Plusieurs parents, qui croyaient que leurs chérubins étaient entre de bonnes mains, ont été scandalisés d’apprendre après coup que leur progéniture a passé plus de temps à faire la fête à l’extérieur qu’à perfectionner son anglais.  Et quelle fête !  Sans aucun encadrement ni dispositif de contrôle tout au long du séjour, les enfants sont totalement libres de sortir quand ils veulent et de rentrer quand ça leur chante. Aucune restriction à ce niveau-là. Vogue la galère ! Résultat : Tous les soirs, les ados quittent excités leur hôtel où ils côtoient en plus des touristes sans être accompagnés d’un « teamer » adulte de l’équipe organisatrice.   

À eux les boites de nuit de l’île, l’alcool, la cigarette, la chicha sur la plage et la fête… Après avoir passé la soirée à se soûler la gueule et à griller cigarette sur cigarette, certains d’entre eux ne regagnent leur chambre qu’au petit matin. Le laxisme des responsables du séjour est gravissime, pouvant induire comme on peut l’imaginer des conséquences fâcheuses pour la sécurité et l’intégrité physique de leurs clients mineurs… La soustraction des organisateurs à l’obligation d’encadrement et de protection de ces derniers est pour le moins incompréhensible, car de nature à les exposer évidemment à des dangers potentiels. 

À l’appui de ce scandale, plusieurs vidéos sur lesquelles le Canard a mis la patte montrent des images choquantes d’enfants bourrés, la cigarette au bec dans leurs chambres (sans eau chaude ni climatisation s’il vous plaît) jonchés de cannettes de bières, de bouteilles de vodkas et de paquets de cigarettes vides.  Ahurissant! Comment peut-on laisser des mineurs agir à leur guise sans aucun contrôle de leurs faits et gestes y compris pendant leur temps libre alors que le pire peut se produire ?

L’envers du décor

Visiblement, les promoteurs d’enseignes comme Sprachcaffe n’en ont cure. Ce qui les intéresse c’est d’encaisser l’argent en faisant croire aux parents que leurs enfants progressent dans leur anglais dans une ambiance  bon enfant, conviviale  et sécurisée propice aussi bien à l’apprentissage qu’à l’interaction avec des cultures différentes. Cet aspect positif du programme est difficile à nier. Mais il y a malheureusement l’envers du décor qui peut être préjudiciable à l’éducation des enfants!  

En revanche, avec Sprachcaffe, un enfant sage et sobre qui ne fait pas la bringue ni à l’hôtel ni à l’extérieur et qui crame un petit bout de papier dans sa chambre s’expose à la sanction de la direction. Celle-ci n’hésite pas à décréter son exclusion du programme comme s’il s’agissait d’un dangereux criminel qu’on accuse de chercher à mettre le feu à l’hôtel et même tuer des gens ! 

Alertée, la succursale de Sprachcaffe au Maroc appelle alors ses parents pour leur enjoindre sur un ton impoli de rapatrier leur enfant dare-dare.  Tombant comme un couperet, la décision d’exclusion est irréversible même si l’enfant reconnaît sa bêtise et fait amende honorable. Rien n’y fait. Il n’aura pas droit à une seconde chance.  

Aux yeux des responsables de Sprachcaffe, brûler un bout de papier est un crime impardonnable qui mérite châtiment. Mais pas le fait qu’ils laissent leurs hôtes mineurs faire bombance à leurs risques et périls tous les soirs dans les boites de nuit de Malte jusqu’au lever du jour à coups de paquets de cigarettes et de verres d’alcool. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes dangereux de ce programme qui opère deux poids deux mesures en matière des tests d’évaluation du niveau d’anglais des candidats. Si les parents paient via internet les frais du séjour linguistique, leurs enfants ont droit à un test en ligne confortablement réalisé depuis leurs ordinateurs. De quoi s’interroger sur la crédibilité d’un examen pouvant favoriser la triche. En revanche si vous payez par virement bancaire le montant du séjour auprès de la succursale marocaine, votre gosse subit un test écrit le lendemain de son arrivée à Malte. Et peu importe s’il n’a dormi que trois ou quatre heures pour cause de décalage ou retard du vol. Last but not least, il doit accepter sans moufeter la classe où il peut être placé quand bien même il a dépassé le niveau qui lui est imposé et qu’il risque de ce fait de ne pas améliorer son anglais, qui reste tout de même l’objectif principal du voyage. Et gare si l’enfant se plaint de ce problème et d’autres comme le mauvais accent de l’enseignant ou des actes racistes de certains élèves. Là, le professeur se montre agressif et la direction se range de son côté. En somme, l’enfant n’a aucun droit, sauf celui de subir en silence et de perdre sa langue ! Les parents ont beau intervenir pour se plaindre et appuyer leur démarche par un certificat prouvant le niveau réel de leur enfant, pas moyen de faire changer d’avis aux responsables. Impossible que leur enfant obtienne la classe qui correspond à ses véritables capacités dans cette langue internationale. Argument avancé : il faut faire confiance au jugement professionnel des responsables du séjour linguistique, quitte à ce que l’enfant apprenne de nouveau ce qu’il sait déjà ! Sprachcaffe met en avant ces «écoles de langue, culture et découverte à l’étranger.» Mais ça dépend finalement de quelle découverte il s’agit.