Le mal de la facilité

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Outre celui qui mine le système éducatif et plombe  le développement du pays, l’autre grand mal national a pour nom la recherche de la facilité.  C’est à cette dernière que l’on doit l’état très peu reluisant de nombreux  secteurs et leur incapacité à décoller. Si la facilité offre sans doute l’avantage de vous faire gagner du temps, il vous fait perdre sans conteste l’opportunité précieuse de ne compter que sur vous-même en misant essentiellement sur vos propres atouts. La facilité vous apprend la paresse qui fait miroiter de bons résultats illusoires car elle ne vous aide pas à construire sur des bases solides alors que le travail sérieux et  de longue haleine conduit  un jour ou l’autre à la réussite que tout le monde souhaite.

La facilité vous apprend la paresse qui fait miroiter de bons résultats illusoires car elle ne vous aide pas à construire sur des bases solides alors que le travail sérieux et  de longue haleine conduit  un jour ou l’autre à la réussite que tout le monde souhaite.

Si le football national  essuie les échecs à répétition depuis plusieurs décennies malgré la mobilisation  de moyens financiers considérables c’est parce que ses responsables, le ministère de tutelle et la FRMF en tête,  s’inscrivent justement dans une démarche de facilité. Celle de faire exclusivement appel au prêt-à-jouer incarné par les joueurs marocains de l’étranger pour former l’équipe nationale sous prétexte qu’ils évoluent dans des clubs européens. Ce choix de la facilité est un raccourci qui dispense le ministre des Sports et le président de la fédération d’investir sur les joueurs du cru issus du championnat local en les formant d’abord et en leur faisant confiance ensuite. La pépinière est là. Les moyens aussi.  Ce qui fait défaut par contre c’est la volonté de travailler dans la durée en persévérant  en vue de bâtir dans la difficulté quelque chose qui fait honneur au pays et qui ne démoralise pas le peuple. Dépenser des budgets colossaux comme sait si bien le faire Fouzi Lekjaâ n’est pas synonyme de réussite. Loin s’en faut. Preuve, plusieurs fédérations africaines de football, à commencer par celle de l’Algérie voisine,  arrivent à réaliser des performances avec des budgets beaucoup moins importants que celui de la FRMF qui, elle, récolte de manière assidue l’échec au bout du compte …

En l’absence de bons résultats, cela s’appelle la gabegie, vire au scandale et appelle la reddition des comptes.

Or, à  chaque fois que l’on croit tenir l’équipe nationale idoine, celle qui ne se contente  pas seulement de mouiller le maillot mais qui est également capable  de décrocher le sacre, tout s’effondre comme un château de cartes. Retour à la case départ ou nulle part pour cause d’absence des fondations. 

Résultante des mauvais choix de la fédération nationale de football, le Maroc n’a plus remporté de titre africain depuis 1976 et n’a joué que deux fois la finale. Est-ce normal pour un pays qui se targue d’être une grande nation footballistique ? Ce bilan chétif n’a rien à voir ni avec le hasard ni avec un acharnement du sort. C’est le produit de la culture de facilité, voire de la combine. Le jour où les responsables mettront définitivement cette dernière au banc de touche pour entreprendre la construction d’une base footballistique sérieuse à partir du potentiel local, le Maroc du ballon rond cassera à coup sûr la spirale infernale de la défaite avec laquelle il s’est lié d’une longue amitié. 

C’est cette même course vers la facilité qui s’est sodée  dans d’autres secteurs par l’ouverture excessive des vannes  des importations au détriment de l’industrie locale qui  n’a jamais bénéficié d’un véritable intérêt  de la part des pouvoirs publics. D’ailleurs,  c’est l’investisseur étranger qui a droit de cité dans le discours officiel et auquel on déroule le tapis rouge.  Là aussi c’est le prêt à consommer d’ailleurs, qu’il s’agisse des franchises, de tout et n’importe quoi,  qui a le vent en poupe, de la valeur. Consommer les produits des autres permet de faire l’économie  d’encourager l’industriel du cru dans le  cadre d’une stratégie ambitieuse,  bien pensée et déployée sur le long terme. L’autre facilité qui a tué l’économie nationale c’est la rente sous toutes ses formes. Elle génère un gain facile et rapide aux dépens de l’effort et de la croissance, crée des riches et non des richesses. Vive la facilité !