L’Afrique d’un bon commerce

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Est-ce le signe du réveil de l’Afrique et son désir de prendre son destin en main? Le lancement à Niamey au Niger à l’occasion d’un sommet extraordinaire de l’UA, dimanche 7 et lundi 8 juillet, de la « phase opérationnelle » de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca) est un grand jour pour le continent noir. Malgré la richesse de son sous-sol et le fabuleux  potentiel de développement qu’il recèle, ce dernier est sans conteste le grand perdant des échanges commerciaux mondiaux dont les principaux bénéficiaires sont les nations développées qui ont  via les fameux accords du Gatt signés à Marrakech en 1994 ayant enfanté l’OMC ensuite  ont procédé à un partage du tiers-monde en marchés et débouchés pour leurs propres produits. Un partage qui a maintenu le continent noir dans le statut très peu enviable de simple exportateur de matières premières à vil prix et où le commerce entre pays africains représentant à peine 16% a du mal à décoller. S’il est temps que l’Afrique fasse sa révolution, le chemin est encore long pour que ce processus d’union très ambitieux aboutisse aux objectifs escomptés. Le travail ne fait que commencer.    

Les dirigeants africains sont décidés à prendre en main le destin de leur continent conformément aux multiples plaidoyers de S.M le Roi Mohammed VI pour une Afrique qui s’émancipe et avance.

Le nouveau marché commun africain, qui prévoit la suppression dans un délai de 5 a à 10 ans de 90% des droits de douane pour doper le commerce interafricain, est donc enfin né après avoir été sorti des tiroirs  suite à  l’adoption pour l’Union africaine (UA) d’une décision visant la dynamisation du commerce entre les pays du continent victime d’une foultitude de contraintes et d’obstacles liés aux barrières non tarifaires, à la corruption et à l’absence des infrastructures nécessaires notamment dans  le domaine des liaisons terrestres, aériennes et maritimes. Après avoir longtemps hésité à signer un accord dont ils voyaient une menace pour leurs industries locales respectives,  les grosses pointures du continent noir que sont le Nigéria et l’Afrique du Sud  ont fini par sceller leur adhésion à la Zleca. La frilosité s’est exprimée également au sujet de l’avenir des communautés économiques régionales, au nombre de huit, à l’UA, et des accords bilatéraux conclus avec des organisations non africaines. Désormais, tous les pays signataires vont œuvrer pour tirer le meilleur parti  économique et commercial de ce vaste marché commun qui rassemblera à terme 55 pays totalisant un peu plus d’un milliard d’habitants pour un PIB cumulé de plus de 2.500 milliards de dollars. Le Maroc, qui a  naturellement adhéré à la Zleca, tient là une opportunité inespérée pour fortifier son tissu industriel  qui pèche par sa faiblesse et reconstruire son transport maritime naufragé afin de dynamiser le commerce avec les pays de la nouvelle zone économique en devenir.      

Les dirigeants africains sont décidés à prendre en main le destin de leur continent conformément aux multiples plaidoyers de S.M le Roi Mohammed VI pour une Afrique qui s’émancipe et avance. Le dernier plaidoyer royal en date a eu lieu en mars 2019 à l’occasion du message royal adressé aux participants Forum Cran Montana à Dakhla où le souverain a considéré que « relever les défis de l’Afrique, c’est agir sur les enjeux géostratégiques internationaux et les changements en cours ». « Le temps de l’Afrique est arrivé. Ce siècle doit être le siècle de l’Afrique » et que « L’accélération de la transition démographique appelle le lancement de grands chantiers de développement, capables de transformer la réalité du continent, en particulier dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, des infrastructures, ou encore de la lutte contre la pauvreté. Ce sont là autant de défis qu’il appartient à l’Afrique de relever pour assurer son émergence.» Sans conteste,  la Zleca représente un grand pas vers l’émancipation de l’Afrique appelée plus que jamais à relever le défi de l’intégration économique.