Le Patio…chic pour rien !

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Après Ramadan et ses diverses privations, le Bec Tranchant s’était rendu, histoire de reprendre un peu de poids, dans un endroit mignonnement décoré, nommé Le Patio. Il s’agit plus précisément de la cour de l’hôtel Gauthier. Et puis, ce lieu est devenu celui de toutes les photos sur Instagram. Il faut dire que les couleurs et le style s’y prêtent.  Nous sommes en fin de journée, mais encore trop tôt pour l’heure du dîner. Le Bec qui n’a pas eu le temps de piquer sa fourchette dans une bonne assiette, tente sa chance chez eux. Coup de chance, à 18h30 passée, les cuisines sont ouvertes, il est donc possible de s’y attabler.

Le restaurant se présente sous deux espaces distincts. L’intérieur avec une lignée de table entourant les cuisines et la caisse et l’extérieur, une terrasse pleine de verdure naturelle. Les fauteuils sont agrémentés de coussins colorés dépareillés, afin d’appâter  le client  et d’ajouter une touche de pep’s !

En cette période, il fait chaud… mais pas à n’importe quelle heure, Le Bec décide donc de se choisir une table en intérieur. De là, il peut observer de jolies photographies de Casablanca, encadrées et mises en valeur par une lumière chaude les surplombant. Cela donne au restaurant une ambiance de musée.

Bon ça, c’est pour le cadre, qui est, avouons-le, plutôt agréable. Passons aux choses sérieuses. Dès notre arrivée, un serveur nous propose la carte des plats ainsi que  celle des alcools. Première remarque, un verre de jus détox à base de concombre n’est que 10 dirhams moins cher qu’un verre de vin. Pourtant, le concombre ce n’est pas ce qui manque au Maroc et il est vendu aux alentours de 4 dirhams le kilo. Les entrées débutent à 50 dirhams pour une soupe maison et vont jusqu’à 150 pour un délice de foie gras. Le ton est donné, la fourchette de prix par personne tournera autour de 200 dirhams au bas mot.

Le Bec Tranchant, féru de jeux de mots et autres calembours, décide de s’attarder sur le magret de canard accompagné d’une sauce à l’orange. A ne pas confondre avec notre rubrique « Maigret du Canard ».  En petites lettres sur le menu, des accompagnements (légumes, frites, purée…) sont proposés pour 35 dirhams de plus. Nous ne nous y attarderons pas. Autre plat commandé, un burger du Patio. Cuisson ? demande le serveur. A point !

Cinq minutes après la prise de commande, le serveur dépose des ustensiles sur la table. Il s’agit en fait d’un simple couteau, pas très tranchant à première vue, et d’une fourchette, bien mal emballés dans une serviette en papier. Car oui Mesdames et Messieurs, à ce prix-là, votre assiette ne mérite pas du tout d’être agrémentée d’une vraie serviette en tissu. Ce n’est pas tout. Pour faire patienter la clientèle, le restaurant propose des tapas à bas prix, à savoir olives noires et vertes ainsi que des cacahuètes. Avant ils servaient des amandes… Ou comment passer du bistrot plutôt chic au snack de quartier…

Quinze minutes après, c’est au tour des boissons d’arriver. Comme prévu, c’est un simple jus détox au concombre, délayé dans de l’eau. Son goût n’est ni amer ni prononcé, on ne sent franchement pas les calories fondre. Bref !

Il faudra profiter longtemps de ce breuvage, puisque les plats commandés, eux, n’arriveront que bien plus tard. Le Bec en profite pour scruter les imperfections des lieux. Tout d’abord, même en intérieur, un courant d’air vient bousculer la clientèle censée être au chaud. La salle est une zone fumeur, alors qu’il y a une terrasse.

Le pire reste tout de même à venir. La gérante ne cesse d’engueuler les employés assez fort pour que toute la salle l’entende. « C’est moi qui décide » crie-t-elle comme si les clients avaient besoin de se plier à son autorité ! Et elle a continué comme ça pendant une vingtaine de minutes, s’en prenant aux serveurs les uns après les autres. Sa voix, son comportement et son manque de discrétion nous font plutôt penser à une gestion de bar ouvrant ses portes après minuit qu’à un bistrot after work.

Quand enfin la nourriture arrive, Le Bec est au bord de l’évanouissement. Il a faim dites donc ! A sa grande surprise, et cela n’était précisé nulle part, le plat est automatiquement accompagné de purée et légumes.

Le canard était cuit à point, mais le goût de l’orange ne s’exprimait pas à foison. Mauvais point, des morceaux de gras étaient collés au canard et dissimulés par en-dessous. Ce n’est pas flatteur pour le volatile! Le Chef a, par ailleurs, eu la main lourde sur le sel pour la partie légumes. L’on sent cependant que les carottes n’ont pas eu droit au même sort. Sans doute étaient-elles cuites à part.

La purée, quant à elle, était un délice sans pareil. Cuite à l’ancienne et servie nature, elle a su retracer l’histoire de cette recette.

Face au Bec, son ami fait la grise mine. Son burger, demandé cuit à point, était saignant. Même trop ! Le rouge se voyait à des kilomètres, nul besoin d’être un expert. Le message de la commande n’est pas arrivé à bon port. De plus, après avoir retiré tout le superflu (oignon et salade verte en masse), le burger a énormément rapetissé.   Pour 110 dirhams, la tranche de viande est bien mince. En bref, la décoration peut faire penser à un haut lieu de la gastronomie, mais les serviettes en papier, le service (la superbe façon de parler de la gérante), le retard de livraison et les cris stridents de la patronne nous rappellent que nous nous avons fait le mauvais choix qui en plus nous a coûté très cher : 400 dirhams à deux en moyenne !

Le Bec Tranchant