Est-ce que Hong Kong, rétrocédé à la Chine le 1er juillet 1997, sera la fenêtre par laquelle entrera le courant d’air qui grippera les poumons de Pékin en pleine guerre commerciale avec les États-Unis ? Difficile de répondre. En tout cas la fronde populaire, qui sévit dans l’Île voilà près de deux semaines, pour le retrait d’un projet de loi qui autorisera les extraditions vers la Chine continentale est prise très au sérieux par le gouvernement chinois. La preuve : Pékin soutient la décision de Carrie Lam, annoncée samedi dernier, suspendant ledit projet de loi. « Le gouvernement a décidé de suspendre la procédure d’amendement législatif », a déclaré la dirigeante de l’exécutif Hongkongais à la presse.

« Nous soutenons, respectons et comprenons cette décision », a déclaré un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, dans un communiqué. Cette suspension vise à « écouter plus largement » les diverses opinions sur ce projet et « restaurer le calme au plus vite » dans le territoire, a ajouté le responsable chinois.

Mais ce geste de Carrie Lim, pourtant inédit dans un territoire chinois même s’il jouit d’un statut spécial, n’a ni convaincu ni désarmé les manifestants qui malgré une chaleur étouffante ont doublé leur nombre, passant de 1 million dimanche 10 juin à 2 millions le dimanche suivant.

Les manifestants, qui s’étaient rassemblés pendant des heures malgré la canicule brandissant soit des mini ventilateurs rechargeables soit des mini parapluies, sont  allés plus loin en exigeant carrément  la démission de Carrie Lamu qui n’en finit pas de s’excuser mais qui continue de bénéficier du soutien de Pékin.

L’opposition au projet de loi qui réunit notamment avocats, organisations juridiques influentes, capitaines d’industrie, chambres de commerce, journalistes, militants et diplomates occidentaux semble prise dans une spirale de l’escalade. « Non à l’extradition », pouvait-on lire sur des pancartes rouges. Selon ses détracteurs, le projet de loi sera une épée de Damoclès sur la tête de la population placée ainsi à la merci d’ « un système judiciaire chinois opaque et politisé. » On n’efface pas facilement un siècle et demi de domination britannique…

Les chefs de file de la contestation à Hong Kong avaient annoncé la couleur samedi en déclarant qu’ils maintenaient leur appel à manifester dimanche, estimant que la simple suspension du projet de loi n’était pas suffisante. « Nous devons dire au gouvernement que le peuple de Hong Kong continuera de manifester tant que nous ne verrons pas un retrait du projet », a déclaré à la presse Jimmy Sham, du Civil Human Rights Front. En fait ce projet de loi est vue comme une violation du compromis « Un pays, deux systèmes » énoncé par Deng Xiaoping en 1997 lors de la rétrocession de Hong Kong.

Première victoire des frondeurs: Joshua Wong a été libéré de prison lundi 17 juin. Le leader étudiant, devenu en 2014 le visage du mouvement pro-démocratie à Hongkong pas attendu pour exprimer sa solidarité avec les manifestants.