« Je ne veux pas partir » de Karen Merran

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Il y avait Safi une importante communauté juive qui jusqu’en 1967 ne vivait pas dans un mellah, un fait rarissime qui n’a d’équivalent qu’à Tanger.

Les guerres arabo-israéliennes de 1967 et 1973 ont réduit cette communauté à moins de 200 âmes.

Une triste réalité qui a inspiré « Je ne veux pas partir », le nouveau roman de Karen Merran.

« A Safi, au Maroc en 1967. Jacob a huit ans. C’est le seul garçon d’une famille juive de sept enfants et pour sa mère, c’est la septième merveille du monde. Son meilleur ami, c’est Brahim. Il est musulman et c’est un très bon joueur d’osselets. Jacob et Brahim se retrouvent presque tous les jours après l’école et ils s’amusent ensemble. Mais à la veille de la guerre des six jours, les relations entre Israël et les pays arabes se dégradent et rien ne va plus au Maroc. Un climat de tension s’installe un peu partout. Est-ce que deux enfants ont le pouvoir de changer le cours des choses ? »

Une question délicate quand on sait que les juifs safiots étaient très pieux et extrêmement attachés au patrimoine culturel hébraïque. Une réalité que le petit enfant Jacob devait vivre comme un dilemme déchirant que l’auteur qui a déjà à son actif plusieurs autres romans nous fait sentir et vivre avec un style simple et clair. A lire.  Échantillon :

« Et toi Jacob ? Que veux-tu faire quand tu seras plus grand ?

– Musulman, je réponds en mettant un morceau de poulet au citron avec la peau dans la bouche. Je n’ai pas le temps d’esquiver la main de mon père qui claque sur ma joue avec l’intention de me faire recracher ce que je viens de dire.

– Wouliwoutiwouli ! s’écrie ma mère en mettant la main sur sa joue. Man hdars ! Que Dieu Préserve ! C’est une mauvaise réponse. Ma mère et mes sœurs me regardent comme si j’étais devenu fou. J’ai huit ans et demi et même si ça a l’air clair pour tout le monde, personne n’a pris le temps de m’expliquer qu’on ne dit pas qu’on veut devenir musulman ni à table, ni jamais. Pire, on n’a même pas le droit d’y penser. Quand on naît dans une famille juive, on peut devenir grand, gros, fort, riche, pauvre, chauve, boulanger, coiffeur, épicier, garagiste mais pas musulman. C’est comme ça. C’est impossible. »

Kindle Edition (Amazone), 163 pages, 23 Mai 2019 (disponible sur Kindle Store)

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