Leadership au féminin

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A  chaque fois que les femmes sont aux commandes des entreprises, les résultats obtenus sont meilleurs. C’est ce que révèle un rapport publié récemment par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et intitulé : « Femmes d’affaires et femmes cadres. Les arguments en faveur du changement ». Ce rapport est réalisé sur la base d’une enquête mondiale  auprès de quelque 13  000 entreprises  dans 70 pays situés dans les cinq parties du globe.  Ses conclusions sont édifiantes  et traduisent la nécessité d’une mixité sociale au sein des entreprises aussi bien au niveau des postes d’exécution que des postes de direction.

Ainsi, dans 60 % des entreprises concernées, moins de 30 % des cadres supérieurs et des cadres dirigeants sont  des femmes. Ce taux varie nécessairement selon les régions. Et comme on pouvait s’y attendre, c’est la région MENA (Moyen Orient Afrique du Nord) qui enregistre le taux le plus bas (à peine 10%).  Par ailleurs, la présence accrue des femmes dans la population active s’est avérée stimulante pour le produit intérieur brut au niveau national. On estime, à cet égard, qu’un accroissement du taux d’activité des femmes de 1% entraine un accroissement du PIB de 0,16%. Ce qui est loin d’être négligeable.

Parmi les entreprises sondées qui disent avoir amélioré leurs résultats, plus de 60% signalent un accroissement de leur rentabilité et de leur productivité. L’égalité entre les hommes et les femmes est également rentable pour l’économie dans son ensemble.

Il a été également constaté  que les entreprises dotées de politiques d’égalité des chances dans l’emploi et de cultures favorisant la mixité ont 60% de chances supplémentaires de voir leurs profits et leur productivité augmenter et sont près de 60% plus susceptibles de connaître une meilleure réputation de leur entreprise, plus de facilités à attirer et à conserver les talents et un surcroît de créativité et d’innovation. Parmi les entreprises interrogées qui suivent l’impact de la mixité dans l’encadrement, 74% déclarent des hausses de profits de 5 à 20%. Les rédacteurs du rapport  montrent  que les entreprises dotées d’une culture inclusive ont une probabilité plus élevée de 9% d’avoir un meilleur rendement. Ce sont des chiffres qu’il ne faut pas négliger si l’on considère les mesures que doivent prendre les sociétés pour rehausser leurs marges de 2 ou 3%. Les entreprises qui font état de ces résultats considèrent la diversité hommes-femmes comme partie intégrante d’une vaste dynamique de pratiques entrepreneuriales innovantes et durables et comme contribuant à de meilleurs résultats.

Domination

Toutefois, on considère qu’une culture inclusive requiert une masse critique de femmes parmi les cadres, les hauts dirigeants et dans les conseils d’administration d’au moins 30%. Les bénéfices peuvent être spectaculaires quand la parité règne au conseil d’administration.

Dans la pratique, la plupart des entreprises n’atteignent pas ce niveau de diversité hommes-femmes.  Et ce pour au moins deux raisons soulignées dans le rapport : la première tient à ce qui est désigné par le «tuyau percé» qui illustre la raréfaction des femmes à mesure qu’on monte les échelons de l’encadrement, ce qui entretient une domination masculine parmi les PDG et dans les conseils d’administration. Plus de 78% des entreprises interrogées déclarent avoir un homme pour PDG. Quand la taille de l’entreprise grandit, le pourcentage de PDG femmes chute, de 26 % dans les petites entreprises à 20 % dans les entreprises de taille moyenne et seulement 16 % dans les grandes entreprises ; la deuxième raison concerne  les «murs de verre». Les femmes sont plus souvent cadres dans des fonctions d’appui, comme les ressources humaines, la finance et l’administration, tandis que les hommes dominent les fonctions considérées comme plus stratégiques, telles que la recherche et le développement, l’exploitation et le contrôle de gestion, qui conduisent habituellement aux postes de direction générale et aux conseils d’administration. Il en découle que moins du tiers des entreprises sondées ont atteint la masse critique de 30% de femmes administratrices et que 13% des entreprises ont des conseils exclusivement masculins.

La question de l’égalité homme-femme n’est pas un simple slogan. Elle a une portée humaine, économique et culturelle, voire civilisationnelle. Le développement et le changement ne peuvent se réaliser sans la participation des femmes. Certaines entreprises, pour avoir  compris cette évidence s’efforcent d’adopter de meilleures politiques et pratiques de recrutement. Mais une hirondelle ne fait jamais le printemps. Il faut une révolution dans les comportements et les mentalités et des politiques publiques réellement inclusives.

Pour un pays comme le Maroc, où le taux d’activité des femmes ne dépasse pas la moitié de la moyenne mondiale (24% contre 48%), où sa présence dans les CA des entreprises est insignifiante, il a encore du pain sur la planche s’il ambitionne engranger les dividendes de la mixité. Peut-être qu’il faille songer à instaurer une discrimination positive pour encourager dans un premier temps  l’accès des femmes à l’emploi et dans un second temps leur  présence  dans les organes dirigeants des entreprises. Porter le taux d’activité des femmes à sa moyenne mondiale, se traduirait par une augmentation de 4 points au niveau du PIB.  Le jeu (et l’enjeu) en vaut la chandelle ! λ

* Economiste, ancien ministre de l’Emploi et des affaires sociales.