Au cœur du quartier huppé d’Anfa, à usage exclusif d’habitation, non loin de la fameuse villa.
Camembert sur le boulevard du Lido, Moulahom Hafid est en train de se faire construire au mépris de la loi des bureaux pour son fonds d’investissement. 

Des projets immobiliers à Casablanca, il y en a tous les jours qui sortent de terre, comme des champignons. De plus en plus dans des anciennes zones villas en violations des normes de construction d’immeubles en termes d’ensoleillement et du respect du recul réglementaire.   La métropole pourrait être comparée au village des Schtroumpfs, la naïveté en moins ! Ce monstre urbain, qui concentre l’essentiel des richesses du pays mais aussi de ses maux, est aussi le repaire de la communauté des voyous. Car, pour réussir un projet, qu’il soit bon ou mauvais, il faut être plusieurs. Sur ce registre, la ville blanche est très bien lotie.

Si la capitale économique est plus ou moins organisée dans les domaines économique et financier, elle l’est beaucoup  moins dans des secteurs non moins vitaux  comme le transport, la santé, l’habitat et l’urbanisme. A chaque recoin de rue, une pancarte annonce un nouveau projet. L’on pourrait comparer cette ville à Paris d’il y a plus de 30 ans, quand l’Etat avait décidé de parquer les moins bien loties dans les zones périphériques et d’aménager des pavillons de luxe pour les futurs riches.

Mais le souci qui se pose à nous actuellement n’est pas de cet ordre. Nous allons nous focaliser sur une zone villas, située dans le quartier huppé d’Anfa, à Aïn Diab, rue Abou Abdallah El Makoudi, sur le boulevard du Lido, pour être plus précis. Dans ces environs, une nouvelle construction clandestine est en train d’être érigée en catimini.  Dans cette zone, connue jusqu’à preuve du contraire pour être une zone exclusivement résidentielle, un projet bizarroïde, caché par une immense palissade, commence à sortir de terre sur une superficie de plus de 4.000 m2. Ce chantier, affichant le nom d’Arabany Raouf comme architecte en charge du projet, ressemble à tout sauf à une habitation. On dirait un bunker.

Intrigué par ce projet qui exhale des relents loufoques, Le Canard a tenté d’y fourrer son bec pour en savoir plus. Se faisant passer  pour un habitant du quartier perturbé par la gêne occasionnée par les travaux, il décide d’appeler le bureau de l’architecte Arabany dont le numéro de téléphone est affiché sur la pancarte. Là, il apprend ce que le volatile savait déjà : le chantier appartient…à Moulahom Hafid, notre ministre du Commerce, de l’Industrie et bien d’autres choses. Tiens, tiens, encore lui ! Officiellement, il s’agit d’une «modification et surélévation d’un étage d’une résidence privée».

Tout permis

C’est du moins ce qui est mentionné sur  la palissade de ce drôle de chantier. Mais de sources sûres, le ministre-businessman est en passe de faire construire un siège pour son fonds d’investissement dont il a fait l’annonce au lendemain la cession de Saham Assurance. S’agit-il d’une manœuvre  pour cacher la vocation professionnelle du projet ?  Si c’est le cas, une question se pose d’emblée : Comment Moulahom a-t-il obtenu l’autorisation de construire un siège de société dans un quartier destiné exclusivement à usage d’habitat ?  Ce serait alors un vrai scandale en béton qui émergerait d’une villa- dont le terrain s’étire sur 4.000 m2- qui n’existait qu’en sous- sol, appartenant à un prince saoudien et que les héritiers avaient cédé avec d’autres résidences alentours à un promoteur national en vue. Moulahom a-t-il fait jouer ses relations pour obtenir un passe-droit auprès de l’agence urbaine ou s’est-il estimé suffisamment puissant pour n’agir qu’à sa guise et s’asseoir sur les lois urbanistiques en vigueur dans le pays ?     

Le Canard a tenté à plusieurs reprises de se faire éclaircir les idées par les responsables de l’agence urbaine, en vain. Personne pour répondre à nos multiples coups de fil qui sonnaient dans le vide. Le principal intéressé, Moulahom, ne décroche pas non plus. Occupé certainement à dénicher un repreneur de l’usine de Bombardier à Casablanca. Pour lui, tout reste affaires ! On verra si les autorités compétentes vont réagir pour faire respecter la loi et offrir à l’ex-patron de Saham qui se croit tout permis… un beau permis de démolir.