Le régime égyptien a finalement parachevé son évolution vers l’autoritarisme. Le président Abdel Fattah Sissi bénéficie désormais d’une concentration des pouvoirs sans précédent dans le pays et l’armée d’un rôle clé, selon la réforme constitutionnelle approuvée par le référendum qui s’est tenu du 20 au 22 avril. Elu en 2014 avec 97 % des voix après avoir renversé, avec l’appui de l’armée et d’un soulèvement populaire, le premier islamiste élu à la présidence du pays, Mohamed Morsi, le chef de l’Etat a été réélu en 2018 avec 97,1 % des voix. La révision constitutionnelle lui permet désormais de rester au pouvoir jusqu’en 2030. Au-delà du mandat présidentiel, la révision constitutionnelle permet le contrôle du chef de l’Etat sur le système judiciaire et octroie un pouvoir politique plus marqué de l’armée dans le plus peuplé des pays arabes. L’exécutif justifiait cette révision par la nécessité de renforcer la stabilité politique pour lutter contre la crise économique et les djihadistes. «Ces amendements constitutionnels renforcent l’exécutif et l’armée au détriment d’un système judiciaire et législatif affaibli », a réagi auprès de l’AFP Mai El-Sadany, du groupe de réflexion The Tahrir Institute for Middle East Policy (Timep). Selon elle, la réforme «mine la séparation des pouvoirs, porte atteinte à l’Etat de droit et réduit au silence les espaces pour la dissidence indépendante.» Le consensus des analystes de l’Egypte est que le régime s’avère aujourd’hui encore plus autoritaire, notamment en matière de liberté de la presse et d’emprisonnement d’opposants, que sous le président Hosni Moubarak