Abdellah Chankou, Directeur de publication

Il n’y a que le chef du gouvernement qui trouve que le bilan de l’exécutif est positif, allant jusqu’à en tirer un motif de « satisfaction ». Saâdeddine El Othmani qui a pour lui d’être modeste en tout y compris dans sa vision politique, a choisi de se livrer à cet exercice d’auto encensement devant l’Union nationale de la presse francophone le 23 avril. Tout en tressant des lauriers aux membres de son équipe, passant en revue les réalisations et dressant les priorités, M. El Othmani s’est montré toutefois très prudent, préférant parler des réalisations et défis du « pays » et non pas de son « gouvernement ». Nuances… Sur un ton monotone, l’orateur a d’emblée annoncé la couleur en indiquant que les réalisations accomplies au cours des 20 années du règne de Mohammed VI « témoignent d’un progrès considérable et parfois exemplaire de notre pays », alors que l’exécutif qu’il dirige entre le 25 avril 2017 et le 25 avril 2019 n’a fait que compléter « une série de chantiers attendus par les Marocains depuis longtemps ». Et le grand El Othmani de citer en exemple la charte de déconcentration administrative adoptée en novembre 2018 par le gouvernement. Alléluia ! Tout à sa langue de bois, il a oublié de rappeler que la population est descendue dans la rue aux quatre coins du pays pour fêter dans la joie et l’allégresse cette extraordinaire initiative qui a nécessité selon ses termes « la vision, le programme et la méthodologie », soit a-t-il ajouté les mêmes qualités qui ont permis à son gouvernement de venir à bout des « difficultés » ayant caractérisé la formation du gouvernement, initialement devant être formé par son prédécesseur Abdelilah Benkirane, qui a fini après plusieurs mois de retard par être limogé pour avoir échoué dans sa mission.

El Othmani a été mis en orbite comme solutionde rechange de moindre mal. Ce qui lui a permis d’avoir un destin national qu’il n’a jamais-sans doute-imaginé dans ses rêves les plus exquis. Sans la réussite qui était censée aller avec.

C’est sur l’échec de Benkirane qui a opposé son veto contre certains partis devant composer son équipe notamment l’USFP que El Othmani a été mis en orbite comme solution de rechange de moindre mal. Ce qui lui a permis d’avoir un destin national qu’il n’a jamais- sans doute- imaginé dans ses rêves les plus exquis. Sans la réussite qui était censée aller avec. Pour une principale raison: son incapacité à faire oublier Abdelilah Benkirane qui même renvoyé dans la villa de sa femme au quartier des Orangers à Rabat a continué non seulement à lui faire de l’ombre mais à pilonner sa majorité gouvernementale par des sorties fracassantes contre certaines composantes de la majorité. Résultat : Ce que l’on retient en vérité des 24 mois de la gouvernance El Othmani ce sont les tiraillements à répétition entre les composantes de la majorité qui résonnent sur la place publique comme autant de fausses notes. Ces crises récurrentes ont achevé de donner l’impression que le gouvernement El Othmani est composé non pas d’alliés mais adversaires irréductibles, tellement ils ne sont d’accord sur rien. Sauf peut-être sur leur détermination à entretenir leurs dissensions en les amplifiant. Ainsi va l’addition des contraires, un attelage hétéroclite, sans vision commune, dépourvu de programme digne de ce nom que les lois de l’arithmétique électorale et d’autres paramètres ont condamné à une alliance contre-nature. Parti-locomotive du gouvernement, le PJD assume évidemment une grande responsabilité dans cet échec que El Othmani dans son déni politique habituel impute juste à des « différences » et non à des «tensions». Le fait que les islamistes, recroquevillés sur le maintien de l’arabisation des matières scientifiques contre l’avis de leurs alliés partisans au retour de leur francisation, aient pris en otage le projet de loi-cadre sur l’enseignement est symptomatique d’une idéologie qui ne peut que heurter les esprits ouverts, désireux de sortir l’école publique de sa crise chronique provoquée en grande partie par l’arabisation. Sur ce dossier d’importance par exemple, la position du PJD, influencée par Abdelilah Benkirane, ne relève pas de la simple « différence » ou d’une divergence de vue. Elle dessine à l’inverse une ligne de fracture claire qui sous couvert de défense de la langue arabe et de l’arabité en dit long sur le véritable projet ces islamistes légalisés. Depuis qu’ils sont arrivés au pouvoir, ces derniers n’ont pas non plus montré une quelconque expertise dans le règlement des autres problèmes qui préoccupent la population marocaine, à savoir le chômage, la santé ou la relance de l’investissement et la création des richesses. Sur ces registres, le PJD n’a aucun bilan à faire valoir. C’est la panne des idées. Du coup, El Othmani en était réduit à se féliciter lors de son exercice d’autosatisfaction de la progression du Maroc de huit places dans le dernier classement Doing Business, des résultats positifs de la campagne anticorruption qui a positivement impacté à ses yeux l’investissement étranger et dans le domaine social de certains programmes sociaux comme Tayssir visant lutter contre l’abandon scolaire. Mais le bilan avoisine zéro s’agissant de la valeur ajoutée propre aux islamistes en tant que première force politique qui conduit le gouvernement depuis 2012. D’où cette question : A quoi sert le PJD au pouvoir ?