Abdellah Chankou, Directeur de publication

Après avoir été retoqué par deux fois par le souverain, le projet de réforme de la formation professionnelle a été récemment validé et adopté. Un rapide coup d’œil sur les grandes lignes de la mouture définitive et l’on se rend compte que l’ambition y est. L’originalité aussi. Et elle transparaît dans la création de cités des métiers et des compétences dans chacune des 12 régions du Royaume. Cependant, il convient de relever que l’offre de formation retenue n’est pas vraiment classique : menuiserie, plomberie, ébénisterie, mécanique…Il faut dire que ces formations et bien d’autres sont déjà dispensées par l’OFPPT à travers ses différents instituts. L’objectif de la nouvelle feuille de route à 3,6 milliards de DH est de préparer aux métiers à haute valeur ajoutée pour l’économie nationale. Ces profils-là, formés selon les standards, opérationnels aussitôt sortis de l’école, ne courent pas les rues. L’offre métiers proposée a ceci de particulier qu’elle colle aux potentialités de chaque région et aux besoins de son marché de travail. Tous les secteurs jugés porteurs sont ainsi représentés dans cette nouvelle carte : industrie, tourisme-hôtellerie, artisanat pêche, agriculture, agro-industrie, énergies propres, santé, digital, offshoring. Dans ces cités modernes en devenir où les softs skills et les langues étrangères ont leur place, les apprenants suivent des formations dans telle ou telle filière, en fonction de l’orientation et de la vocation de chacun. Avec cette particularité que les cours sont dispensés- pour ne pas rester que dans la théorie- sur un mode dual (formation en école et en entreprise, un système qui a fait la réussite de la formation professionnelle de l’Allemagne et sa compétitive économique). Sur le papier, la nouvelle réforme voulue par le souverain et portée par l’OFPPT est séduisante. Mais les experts du savoir professionnel attendent pour pouvoir juger sur pièce, convaincus que le nouveau dispositif, aussi innovant et attrayant soit-il, ne vaut que par le contenu des formations proposés et la qualité du personnel enseignant. La réussite de ce chantier d’importance est tributaire aussi de la gouvernance des cités des métiers et des compétences qui seront gérées chacune par une société anonyme issue de l’office. C’est à ce niveau-là qu’il faut être intraitable pour qu’une bonne dose de rigueur et de transparence soit introduite dans le circuit de décision avec des garde-fous et des bilans d’étape, sans oublier cette exigence, pas très marocaine, de faire appel à l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Nombre de projets nobles dans leurs finalités n’ont-ils pas été dévoyés sur le terrain par des erreurs de casting et la culture du laxisme ? Le souverain a montré la voie à suivre mais il ne peut pas partout veiller au grain. Aux différents partenaires, institutionnels et privés, en charge de ce chantier décisif pour l’avenir du pays, d’être à la hauteur de cette belle transformation du paysage de la formation professionnelle et de sa réhabilitation. S.M le Roi Mohammed VI a eu raison d’insister pour obtenir une réforme ambitieuse de la formation professionnelle. Si le souverain a d’emblée mis la barre très haut c’est qu’il veut le meilleur pour la jeunesse de son pays. Frappée par le chômage, une bonne partie de celle-ci doit pouvoir s’épanouir dans ces nouveaux pôles de l’excellence. Et ils doivent l’être et le rester pour asseoir leur réputation de créateurs de réussite professionnelle. C’est à ce prix que la formation professionnelle dans sa diversité cessera d’être un pis aller et considérée comme un refuge des recalés du système éducatif classique. Beaucoup de stéréotypes restent encore à combattre en effet pour que les métiers liés à l’intelligence manuelle deviennent un choix de carrière assumé dans un cadre bien défini et compris. Il appartient aux responsables de l’enseignement et leurs homologues de la formation professionnelle de créer des passerelles entre les deux mondes de telle sorte que l’orientation des élèves puisse commencer dès la fin du cycle primaire. Les cités des métiers et des compétences c’est un vivier de talents, un creuset de savoir-faire. Mais surtout une promesse d’une insertion sociale réussie par la technicité.