pinchosEn marketing, il y a une courbe de vie pour n’importe quel produit sauf s’il relève le défi de ne pas être démodé. Le succès est au rendez-vous ; le chiffre d’affaires augmente, puis diminue peu à peu, avant de stagner ou de chuter. Pour les restaurants, c’est encore plus vrai. Ils connaissent un pic de popularité. Puis, un passage à vide du fait que les clients s’en détournent progressivement. Et pour ne pas mettre la clé sous le paillasson, certains restaurateurs se voient obligés de cibler une clientèle bas de gamme avec des menus ordinaires. En 2018, Le Bec Tranchant s’était rendu dans ce fameux restaurant italien du quartier Palmier, Pinchos, et n’en était absolument pas sorti satisfait. Souvenez-vous, il n’y avait que deux serveurs pour une immense salle pleine, un retard incroyable dans le service, une ignorance des clients de la part du staff et des gourmands mécontents qui n’hésitaient pas à donner de la voix. Et puis, il y a eu cette discussion durant laquelle un ami du Bec ne jurait que par cet établissement au service pourtant médiocre. Selon lui, le resto a depuis fait sa révolution. Serait-ce possible ? Le coup de Bec y est-il pour quelque chose? Allons voir de nos propres yeux. Rendez-vous un jour de semaine, à la même heure que la dernière fois afin de juger dans les mêmes conditions. 13h00 tapante, la salle est plutôt pleine. Pas rassurant. La dernière fois c’était ainsi, nous avons dû poireauter pour un plat. Un jeune homme qui n’est pas habillé comme un serveur, nous accueille avec le sourire, un bonjour chaleureux et propose de nous installer à la place de notre choix. Ce doit être le nouveau chef de salle. Une nouvelle tête vient donc de faire son entrée dans le décor du Pinchos. Lorsqu’il dépose les menus sur la table, Le Bec décide de mettre sa patience à rude épreuve. «Et ça c’est quoi ? » demande-t-il pointant du doigt le nom de brochettes tout à fait banales. « Et ça ? »… croyez-le ou non, malgré une salle qui ne désemplit pas, il a pris la peine de répondre à nos questions et revenir deux fois d’affilée prendre la commande, car, et vous vous en doutez bien, Le Bec a joué la carte de l’indécision. Observons la salle. Si par son plumage il semble être le supérieur, il gesticule bien plus que ses subordonnées. Ces derniers restent très polis mais pas aussi actifs. Le Bec Tranchant pointera sa fourchette dans une entrecôte. Il faut dire que depuis qu’il a dégusté celle du Rick’s Café, il a décidé d’en faire son élément de comparaison. Facile à cuisiner en apparence, elle reste bien plus complexe à personnaliser et à différencier. Elle arrivera une vingtaine de minutes après notre commande, on n’est toujours pas dans de la cuisine rapide… les pressés, il va falloir patienter. Mais bon, soyons sincères, nous ne sommes absolument pas venus pour la cuisine, que nous avions jugé un poil (voire plus), trop cuite : «Ce plat était composé de brochettes de poulet et de riz. Le poulet, à l’air si aguicheur, était malheureusement trop sec et bien trop grillé », avait écrit Le Bec lors de sa dernière critique. Eh bien, Mesdames et Messieurs fans du Canard, sachez que ce plat n’avait rien à voir avec ce qui était habituellement servi. L’établissement aurait-il recruté un nouveau chef cuistot ? L’entrecôte était visuellement quelque peu dorée sur les côtés, même si franchement personne ne nous a interrogé sur le degré de cuisson. Elle était accompagnée de riz, de légumes cuits à la vapeur d’une petite sauce tomate et de frites. Les accompagnements, eux, n’ont pas changé d’un poil. Hop, piquons du Bec… Facile à couper, facile à mâcher, facile à avaler… En soi cette entrecôte est tout ce qu’il y a de plus tendre. En termes de saveurs, elles ne sont pas aussi mal prononcées que la dernière fois. Cette fois-ci le chef cuistot n’a pas eu la main lourde sur le poivre ou encore le sel. Le morceau était très consistant, environ deux centaines de grammes pour 79 DH le plat. Le riz était, quant à lui, meilleur que la fois précédente, très doux en bouche, avec une pincée d’épices. L’on sent bien qu’il a mijoté un long moment dans l’eau avant d’être cuisiné. Les légumes, agrémentés aux herbes, étaient croquants mais pas cassants. Dans l’ensemble, le mets correspondait à l’image que nous nous faisions de la douceur née. Un vrai délice sauf que les frites proposées étaient industrielles. L’on estime, sans trop de chichi, que pour ce prix, nous méritons une pomme de terre digne de ce nom. Soit, ne faisons pas la fine bouche… Un dessert, pas de dessert… ? Mais, entre la commande, la dégustation du plat et de nos boissons, une heure quinze s’est déjà écoulée ! Eh bien, voilà qui est plutôt surprenant. Le nouveau chef de salle (espérons qu’il s’agit bien là de son vrai job !), nous propose un café, cadeau de la maison. Depuis le temps que Le Bec traîne dans les restaurants, aucun ne lui a proposé de cadeau. Il en a la larme à l’œil. Il va nous servir un café trop dilué dans l’eau ?… Pourquoi devenons-nous tout à coup suspicieux ? La gentillesse est devenue tellement rare de nos jours…. Un café, une addition pas trop salée, un repas assez léger, un peu tardif, et hop c’est reparti pour une après-midi de travail. En conclusion, Le Bec en sort content, plus satisfait que la première fois. Avec le Pinchos nouveau, on ne l’a pas eu dans l’os !

Le Bec Tranchant