Le Bec Tranchant est de retour à Casablanca. Mais il reprendra sa valise pour voyager jusqu’en Inde… En fait, jusqu’au boulevard Ghandi. Quiconque connaît la circulation casablancaise, avouera qu’il s’agit d’un périple en soi. Mais il y a quoi sur ce fameux boulevard? L’on voit déjà vos yeux interrogatifs et pleins d’étonnement. Il y a un restaurant italien, un café tendance, un snack… et un superbe restaurant indien. Superbe, de l’extérieur du moins. Première remarque, le restaurant, établie dans une sorte de villa, donne directement sur le boulevard, il est donc impossible de stationner devant et le mieux étant d’aller à la recherche d’une place dans les ruelles des maisons. Seul hic, elles ont toutes un garage, les places se font donc très rares. Et c’est reparti pour le second voyage casaoui, à savoir, trouver où se garer. Voilà qui met d’emblée Le Bec Tranchant de mauvais poil. A l’entrée de l’établissement, un majordome nous accueille avec le sourire, nous souhaitant la bienvenue. Un majordome ? La facture va être salée, on le sent. Deuxième porte, un second personnage apparaît avec un good morning. Il n’est pas du coin ! Le restaurant se présente sous deux immenses espaces : le premier qui n’est autre que le restaurant face au bar décoré au goût et style indiens. D’ailleurs, clou du spectacle, un grand éléphant surplombe le fond de la pièce, avec une balançoire ! Le second espace est une terrasse agréable, entourée d’arbres, nous faisant presque oublier que nous sommes parallèlement assis à une ligne de tramway. Un premier serveur vient à nous : « Bonjour », entonne le Bec… Pas de réponse ! Un second : « Merci »… Toujours pas. Mais c’est à nous de faire la politesse ici ? Une serveuse nous adresse enfin la parole pour prendre la commande. Tout de même, on se croyait inexistants ou invisibles. On commencera les festivités avec du Cheese Naan, du fromage et pain indiens. Il sera déposé en quatre petits morceaux, ridiculement fins. Le goût est celui d’une crêpe marocaine agrémentée d’un fromage étranger. Dommage, ça commence mal. Espérons que le jus ‘’Lassi à la mangue’’ fera passer la déception. Il s’agit d’un mélange de yaourt, mangue et lait. Au choix, il est possible d’y ajouter un sirop pour rehausser le sucre. Ce fameux Lassi étant goûteux en bouche, mais pas onctueux comme le voudrait sa recette. La mangue utilisée n’était pas encore arrivée à maturation, un léger défaut qui a été couvert par un sirop à peine sucré. Les plats ont été préparés en moins de dix minutes… très bon point pour un établissement entouré d’entreprises. Un quatrième serveur les apporte, nous proposant par la même occasion de changer nos assiettes sales. Le Bec se penchera sur une sorte de plat mixte, rassemblant plusieurs mets de plusieurs plats proposés afin de goûter de tout. Et là, c’est une fête qu’il accueille dans sa bouche. Par quoi commencer ? Tout d’abord, c’est une dégustation vegan, la spécialité du restaurant. Elle est servie sur un plat chauffant, pour poursuivre la cuisson des éléments. L’on pique d’abord dans une sorte de pomme de terre en purée, qui enroule des petits pois et de l’oignon frit. Vous savez, une sorte de beignets de pomme de terre qui dès qu’ils atteignent vos papilles fondent comme neige au soleil. Le tout un zeste piquant, de quoi ajouter de la folie au plat. Il y a aussi des poivrons jaunes grillés, des champignons de Paris, énormes, agrémentés d’une sauce rouge, un genre de Chutney de tomates façon indienne, mi-sucré, mi-piquant. Sur cette assiette découverte l’on retrouve aussi une pâte de petits pois, rappelant la recette libanaise, ainsi que des carrés de fromage grillés, agrémenté de pois en leur centre, d’oignons, d’herbes et de curry. Malgré la présence de ce dernier, ces morceaux étaient moins présents en termes de saveurs que les autres mets. Plus vraiment de place pour un second plat après ce défilé de mets. Le Bec se laissera tout de même tenter par un Gulab Jamun avec crème vanille. On s’explique ! Ce sont des choux indiens au miel, avec une crème glacée à la vanille. Le chou est noir, ce qui contraste avec l’écarlate blanc de la glace. Ce n’est pas la seule chose qui contraste. En effet, ce chou est servi très chaud, ce qui fait fondre la crème vanille. Si cette dernière est malheureusement industrielle, elle se marie tout de même bien avec le chou au miel fondant. Une saveur plutôt exceptionnelle, qu’on ne retrouve certainement pas dans d’autres restaurants, mais bien trop sucrée pour une fin de repas équilibré !

Le Bec Tranchant