Gilles & John choisissent le moment du chassé- croisé des vacanciers de février se rendant et rentrant des stations de ski françaises pour blo- quer un nœud autoroutier stratégique en Rhône- Alpes : Vienne dans le Nord-Isère. Gilles explique à John, le saurien lepéniste qui l’accompagne, pourquoi il a choisi de bloquer Vienne ce week-end : « En 1819, l’armée est intervenue à Vienne pour massacrer les ouvriers ». Cette révolte de 1819 des ouvriers viennois annonçait les révoltes des canuts à Lyon en 1831 puis 1834 et 1848. Il s’agit de l’une des grandes insurrections sociales du début de l’ère de la grande industrie. Gilles continue à éduquer son lepé- niste de base dont le cervelet de reptile fut configuré très tôt sur le mode « Yaka Faukon » : Yaka fermer les frontières, Yaka produire français, Faukon chasse les immigrés. Gilles s’évertue à expliquer à John qu’en 1830, l’homme euro- péen ne se sent plus pisser. Les montagnes d’or ramenées des Amériques aidant, en plus de la découverte du moteur à explosion, ainsi que la maîtrise des armes à feu et le début du déploiement du chemin de fer lui montent à la tête. Le temps qui jadis s’écoulaient au rythme du pas du cheval, s’accélère pour se synchroniser au rythme des loco- motives. Les campagnes s’organisent autour des gares qui deviennent désormais le centre des villes. L’Européen va enfin reprendre sa revanche sur les Sarrasins et les Turcs qui l’enquiquinent depuis l’avènement des ma7ométans et l’envahissement de la péninsule ibérique en occident et la chute de Byzance et son envahissement par les Turcs Seldjoukides en orient. Constantinople, la ville (polis) de Constantin, que les byzantins disaient simplement « polis» (la ville), devient « Istanbul » suite à une mauvaise pro- nonciation par les Turcs du terme « eis tên polin » (à la ville). A partir de 1830, la France se met à récupérer les colonies turques. Tel un artichaut, l’empire ottoman est effeuillé méthodiquement : Algérie, Syrie, Liban, Egypte… Les Arabes passent ainsi des brochettes de kefta au cumin à la saucisse merguez à la moutarde de Dijon. Seul le Maroc retarde l’échéance de sa colonisation. Il avait jusque-là réussi à échapper au rouleau compresseur turc. Désormais il va faire jouer la compétition entre les puis- sances européennes (Français, Allemands, Espagnols…) jusqu’à 1912, soit 80 ans pour retarder l’envahissement de ses terres par les fils de Nazareth (N’ssara en marocain) et de son écosystème végétal par les traitresses figues de barbarie qui constipent (fruits des cactus, karmousse N’ssara galou ghaddar en marocain) contrairement aux figues musulmanes (fruits du figuier) qui sont loyales. Su- brepticement et de manière traitre, le figuier de Barbarie (Opuntia ficus-indica), une espèce de plante de la famille des Cactaceae, ramenée par les Conquistadors espagnols du Mexique, se naturalise marocaine à l’insu du Makhzen (magasin en arabe). Ceux qui s’évertuent à chercher les petites différences narcissiques entre gouvernants marocains et algériens, doivent les chercher du côté de l’absence de domination turque au Maroc et de son non envahissement par les « brochettes tournantes » (Donner kebab en turc) et de leur corollaire les derviches tourneurs. Question de tourner, au Maroc, c’est plutôt « dour biha ya chibani, dour biha ! Dour biha, ta5dam 3lik wa 3liha ! » (Tourne autour d’elle oh vieillard, tourne ! Elle subviendra à tes besoins et aux siens, tourne !).

(A suivre) Beurgeois.Gentleman@gmail.com