Par ces premiers jours ensoleillés de l’année Le Bec Tranchant rouvre son placard histoire d’en sortir un plumage adéquat. Mais pour qui se prend-il ? Quelques-uns de ses camarades sont encore en migration, mais c’est bien connu un canard est moins fidèle à sa voie qu’une oie et notre Bec national ne fera pas exception. Sa migration il la fera au sol à la recherche de bons petits plats. Dimanche 3 février, il ne fait pas si froid que ça et les premières lueurs de soleil donnent envie de piquer une tête dans une mare bien fraîche. Le Bec Tranchant se rendra donc en bord de mer. Après avoir stationné son bolide à aileron en queue de canard (non on plaisante, le Bec n’a pas de Porsche, il gaspille tout son argent en restaurants!), bref après être descendu de son transport en commun rouge, il marche le long de la corniche casablancaise. Tahiti et autres restaurants aux allures marins-chic s’étirent non sans fierté. Oui mais aujourd’hui le Bec n’a aucune envie de faire le beau, il ira donc dans un coin plein de nostalgie, Tropicana ! Il se prend une petite place en terrasse face à la mer, quel bonheur ! De là il a une vue sur les anciennes piscines dévastées par le temps, sur les bancs en pierre dont la couleur écaillée affiche comme un souvenir qui ne résonnera plus que dans nos esprits enfantins… Un tsunami serait- il passé par-là ? Avouons-le, cela ressemble étrangement aux images des ravages d’un tsunami. La vue n’est plus au rendez-vous et c’est bien dommage! Le serveur se dirige vers nous, pensant intelligemment que nous savons avec exactitude ce que nous voulons commander. Mais non Einstein apporte nous donc la carte. Sur cette dernière, le choix n’est pas multiple, soit une boisson chaude, soit un petit déjeuner. Bon ça sera l’unique petit déjeuner à 60 dirhams proposé. Dix minutes plus tard, les boissons arrivent à bon port. Le jus d’orange est frais mais pas à peine réalisé vu qu’il est assez glacé. Le serveur a respecté les directives données (un thé sans sucre, un autre avec). Cette boisson chaude est d’ores et déjà forte en goût, nul besoin de la retourner dans tous les sens. Le temps de déguster un premier verre de thé, le Bec se rend compte que l’espace est fumeur mais assez aéré pour ne déranger personne. Le serveur déboule devant nous, une immense assiette à la main. Celle-ci comporte l’ensemble du petit déjeuner, à savoir du fromage Edam râpé, simple sans trop de goût malheureusement, déposé sur une tranche de pain complet. Deux tranches de charcuterie industrielle ornent les côtes de l’assiette, ainsi qu’un œuf dur, msemen, beghrir (des crêpes marocaines), du batbout (petit pain rond à farcir), une mini assiette d’œufs brouillés, un croissant fourré aux amandes, des olives noires, une tranche de pain nue, du fromage industriel, du beurre, de la confiture et du miel. Ouf! La plume du Bec a failli perdre son encre en écrivant cette liste de délices. Alors c’est sûr que pour le service c’est bien plus judicieux de tout mettre sur une seule grande assiette, on sert et débarrasse plus rapidement. Mais visuellement, si le Bec Tranchant n’avait pas pris la peine de tout citer, il ne se serait pas rendu compte de l’étendue de la nourriture proposée. Plusieurs petites assiettes et coupoles ajouteraient du standing à ce lieu historique qui reste définitivement très restauration élémentaire de plage et rien de plus. Dommage !

Le Bec Tranchant