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Révélations
Ces jeunes marocaines attirées par le Jihad du sexe
 Sous couvert de djihad, de plus en plus de jeunes Marocaines âgées de 14 à 30 ans quittent leur foyer du jour au lendemain. Direction : la Syrie où elles combattent à leur façon.


Tête haute et regard impassible, Ilham dévisage sans ménagement les enquêteurs chargés de l’interrogatoire. Tout en gardant la main sur son ventre rebondi, la jeune filleest directe, elle dit tout, sans faux semblant. Comment a-t-elle rejoint la Syrie ? Comment en est-elle revenue ? Elle déballe tout. Et les regrets, elle n’en a aucun. Agée d’à peine une vingtaine d’années, elle assume sa sympathie envers l’Etat Islamique (EI), cette organisation terroriste qui contrôle désormais un territoire de la taille de la Jordanie, peuplé de 6 millions d'habitants. Et elle assume aussi le fait d’avoir eu des relations sexuelles avec un combattant appartenant à cette mouvance radicale. Il s’agit d’un Egyptien avec qui elle est restée plusieurs semaines. Sur son visage, confie l’un des enquêteurs, se dessine un sourire fier et provocateur : «Il n’y a pas de quoi avoir honte, affirme-telle sans ciller. Mon enfant portera dans son sang le courage d’un Moujahid, un combattant pour la cause d'Allah. J’en suis même fière». Tout comme Ilham, elles sont de plus en plus nombreuses ces filles à peine adolescentes qui, du jour au lendemain, débarquent en Syrie, un pays arabe en proie, depuis 2011, à une guerre civile qui s’est mué en conflitrégional et international. Elles sont plus en plus nombreuses, mais aussi de plus en plus jeunes. Il y a un mois, et plus précisément le 5 août dernier, une jeune fille de 14 ans, originaire de Sebta, a été placée dans un centre de détention pour mineurs en Espagne après son arrestation la veille pour avoir voulu rejoindre les djihadistes combattant pour l'EI. Vêtue de niqab noir, elle a été appréhendée dans l'enclave espagnole de Melilla en compagnie d’une autre fille, âgée de 19 ans. Apparemment, la seconde, une certaine Fouzia, n’avait nullement l’intention d’aller jusqu’en Syrie, mais devait seulement accompagner la jeune mineur en Turquie, d’où elle regagnera l'organisation dirigée par Abou Bakr Al-Baghdadi.
 
Trafic d’humains
 
Les femmes qui vont au Jihad, c’est la nouvelle mode. Le phénomène ne cesse de s’amplifie et touche également et surtout les pays européens comme la France ou encore la Grande-Bretagne. Les jihadistes de l’État islamique ne s’en cachent pas, au contraire, ils ont même ouvert une "agence matrimoniale" destinée aux célibataires désireuses de se marier avec les combattants du groupe ultra-radical. Une façon pour les dirigeants de l’Etat Islamique de monter que même les femmes viennent spontanément, sans qu'on les force et sans qu'on les enlève, rallier leur cause. Sur place, les «volontaires» sont cantonnées à un rôle traditionnel. Même si elles reçoivent une formation militaire, elles ne combattent pas. L'entraînement leur sert uniquement en cas de danger. Le reste du temps, elles sont chargées de s'occuper des tâches ménagères et de remonter le moral des troupes. Si certaines filles y vont en sachant pertinemment ce que les djihadistes attendent d’elles, d’autres semblent l’ignorer. Ce qui est certain en revanche c’est que derrière ce phénomène se cache une toute autre réalité. Il ne s’agit moins d’une affaire d’idéologie ou de convictions religieuses que d’un business juteux où les réseaux et les volontaires s’achètent à coups de millions. En somme, il s’agit d’un trafic d’humains organisé et lucratif sous couvert de Jihad. Peu importe les raisons qui poussent telle ou telle fille à vouloir partir en Syrie, il y a toujours derrière un passeur qui s’enrichit. Le passeur est souvent une femme ; une manière de mettre en confiance la candidate au Jihad. Une fois en Turquie, l’intermédiaire reçoit une «commission» sur chaque fille qui avoisine, selon les RG marocains, les 100.000 DH. Visiblement, l’argent coule à flots. Mais qui est le généreux sponsor de ce jihad au féminin ? Motus et bouche cousue. Puis, la candidate au jihad ne peut se rendre seule en Syrie. Elle doit être mariée ou obtenir une promesse de mariage d'un combattant. Contrairement aux jihadistes masculins, la quasi-majorité des femmes se rendent en Syrie dans une perspective de non-retour.
 
Ces voies du Jihad sont impénétrables
 
Tout comme pour les combattants, le recrutement des fillesse fait essentiellement via les réseaux sociaux, notamment Facebook, ou encore via les messageries instantanées. Elles s'échangent des textes religieux, des vidéos, se donnent des conseils et s'encouragent mutuellement à partir. Certaines jouent le rôle d'entremetteuses, de facilitatrices. Elles postent ici et là des petites annonces de promesses de mariage pour attirer des postulantes.
 
Rachid ABBAR

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