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Confus de Canard
Benkirane pas dur d'oseille
Depuis un certain nombre d’années, les défilés du 1er mai se suivent et se ressemblent, devenant juste une formalité de circonstance pour marquer la fête du monde ouvrier. Comment peut-il en être autrement alors que les mêmes slogans sont brandis dans les cortèges, les mêmes discours ressassés par les leaders syndicaux. A l’instar des partis politiques, les syndicats ont perdu la main, incapables de mobiliser les foules et surtout de leur redonner espoir à force de lendemains qui déchantent et de promesses mielleuses qui ont crevé toutes comme des bulles illusoires.Cependant, le 1er mai de cette année intervient dans un contexte national particulier marqué par un bras de fer sans précédent entre le gouvernement Benkirane et les princi-pales centrales syndicales. Ces dernières accusent le Premier ministre de porter constamment atteinte au pouvoir d’achat déjà érodé sous l’effet des hausses des prix du car-burant qui se traduisent directement ou indirectement par un renchérissement du coût de la vie dont pâtissent principalement les classes modestes qui subissent le surcoût du transport sur plusieurs produits. Et c’est là tout le caractère pervers de la situation. d’un côté, Benkirane est obligé, d’un point de vue comptable, de réduire la pression sur une caisse de compensation budgétivore qui menace les équi-libres financiersde l’Etat et de l’autre les hausses à répé-tition des prix à la pompe sont beaucoup plus ressenties par les catégories rivées en bas de l’échelle que le gouver-nement est censé protéger à travers une politique sociale juste. d’où l’exaspération des syndicats qui considèrent que l’exécutif actuel conduit une politique de paupérisa-tion du grand nombre. Ce qui n’est pas totalement faux. Au lieu d’élaborer une refonte globale de la caisse de com-pensation dans le sens d’un redéploiement d’une partie de ses ressources dans les secteurs sociaux, le gouvernement se focalise pour le moment sur le carburant dont la hausse pénalise aussi les entreprises à un moment où le gouver-nement vient de dévoiler son plan d’industrialisation du Maroc ! Et c’est dans ce contexte aussi que Benkirane a décidé de valoriser le Smig à hauteur de 10% en deux temps, ce qui n’est pas du goût de la CGEM qui voit dans cette décision le meilleur moyen d’achever un tissu économique déjà très fragile et peu compétitif et qui pâtit de moult charges et contraintes. Mais la hausse du salaire minimum est une promesse que le Premier ministre avait fait aux syndicats dont la méchante humeur qui s’est manifestée à travers les dernières marches de protestation commence à l’inquiéter. Et c’est pour avoir la paix sociale et la paix tout court tout en soignant son image auprès du monde ouvrier que le chef des islamistes a décidé de tenir sa promesse qui exhale des relents populistes. Les smigards du public seront eux aussi augmentés, ce qui selon les observateurs est de nature à aggraver la situation des financesdéjà mal en point à cause entre autres contraintes d’une masse salariale qui a dépassé cette année la barre de 100 milliards de DH. Voilà qui va à coup sûr faire beaucoup de bien à l’économie nationale et donner un coup de fouet à la stratégie industrielle de Moulay Hafid qui vise à créer 500.000 emplois d’ici 2020. En privé, le ministre assureur a fustigé cette hausse du Smig qu’il juge contreproductive. Mais en public, il a observé un silence religieux. Courageusement.
Abdellah CHANKOU

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