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Le Maigret du Canard
La ruée vers leurre
Tout porte à croire que cette enseigne tunisienne basée à Tunis qui se positionne comme un chasseur de tête en informatique pour le compte d’entreprises installées en France est une pure truanderie.
 
On est loin d’une réplique de la fameuse affaire «Najat», cette gigantesque escroquerie à l’emploi montée par cette société émiratie «Al-Najat Marine Shipping L.L.C» qui a fait plus de 30.000 victimes parmi la jeunesse marocaine qui a cru vite à la promesse de jobs grassement rémunérés à bord de bateaux de croisière. Néanmoins cette nouvelle histoire d’une boîte tunisienne qui s’active depuis 10 ans à Casablanca et Tunis où elle procède à des opérations de recrutements massifs de jeunes Marocains ne dégage pas moins les relents du scandale. Ici le recruteur ou plutôt l’intermédiaire pour être plus précis s’appelle Sintegra consulting. Une enseigne créée en 2008 à Tunis par un ressortissant tunisien du nom de Saber Mahbouli. Sintegra se positionne comme une boîte de conseil en informatique qui propose aux sociétés françaises de services en ingénierie informatique (SSII) des compétences du Maghreb. Les terrains de chasse de prédilection des recruteurs de Sintegra ? La Tunisie et le Maroc, où périodiquement des rendez-vous sont fixés via Internet aux candidats intéressés par un stage ou un job en France. Pour le Royaume, les points de rencontre choisis sont les hôtels casablancais les plus en vue. Peu importe qu’ils soient expérimentés ou pas, l’essentiel pour ces supposés chasseurs de tête est que les candidats soient diplômés en nouvelles technologies de l'information et de la communication (NITC). Résultat de cette politique de bienvenue à tous : le rush. Ils sont plusieurs centaines à prendre d’assaut les lieux de rendez-vous. Certains d’entre eux ont déjà un travail mais sont séduits par l’offre alléchante de M. Mahbouli qui permettrait à la recrue de multiplier son salaire par dix, voire plus (de 270 euros en moyenne dans son pays natal contre 3000 euros à l’hexagone). C’est la promesse irrésistible de Sintegra de Mahbouli. L’Eldorado-sur-Seine ! La boîte s’engage sur sa page Facebook à assurer la prise en charge totale de la procédure de recrutement des candidats (visa, billet d’avion, carte de séjour, sécurité sociale, assurance, regroupement familiale). Et cerise sur le gâteau : un suivi régulier et une assistance durant les cinq années qui suivent l’installation des candidats en France ! Tant qu’à se monter généreux à ce point, pourquoi ne pas offrir en supplément aux heureux élus un service matrimonial ! Trop belle pour être vraie cette offre de Mahbouli ! Et si c’était une truanderie pour se faire des pigeons par centaines ? Plusieurs éléments clochent dans le pedigree de Sintegra. A part le courriel « pfe@sintegratn.com », un numéro de téléphone tunisien et une page Facebook (@Sintegra. consulting), aucune précision sur cette boîte, ni sur son chiffre d’affaires encore moins sur le nombre de ses collaborateurs et sur le montant de la commission prélevée sur chaque placement en France. A en croire le site « societe.com », Sintegra est une boîte dont l’antenne française est hébergée chez Saber Mahbouli, 4 rue Gaston Bonnier, 92600 Asnières sur Seine (Région Île-de-France).
 
 
 
Ecran de fumée Pour sa part, le site d’information sur les entreprises relevant de l’établissement public officiel français l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) affiche dans la case « Forme juridique » la mention : « Groupement de droit privé non doté de la personnalité morale ». Autrement dit une sorte d’affaire personnelle logée dans le domicile du patron ! Avouez que ça fait désordre et bug ! Côté employés, Sinegra, selon la plate-forme de l’INSEE, affiche zéro salarié ! Troublant, non ? Deuxième élément suspect : Sintegra qui vante ces performances sur Internet genre « Sintegra consulting a connu un succès fulgurant ces 3 dernières années, suite à l’explosion du nombre de demandes de nos SSII partenaires », ne précise pas si ces placements correspondent à des recrutements définitifs CDI ou simplement des intérims CDD ou encore des stages avec promesse d’embauche. En effet, il y a risque pour le candidat d’atterrir dans une entreprise en France avec un salaire de stagiaire oscillant généralement entre 600 et 800 euros pour une durée de 6 à 8 mois, soit la période dont ont besoin de nombreuses SSII éphémères pour tourner avant de mettre la clé sous le paillasson. « Ils sont des dizaines de jeunes étudiants marocains en informatique de niveau Bac+5 ou Bac+3 à arriver à Paris pour des stages à 800 euros», révèle au Canard un militant associatif résidant à Paris. Et d’ajouter: « Nombre d’entre eux demandent à leurs parents au Maroc de leur envoyer de l’argent pour boucler leurs fins de mois. Certains finissent par trouver un job stable et bien rémunéré après avoir un peu bourlingué mais ce sont des cas rares. ». Dans le cadre du Plan Formation Emploi (PFE), dispositif mis en place en France par la Formation professionnelle, les entreprises inscrites à ce programme offrent périodiquement par voie d’affichage public des opportunités de stages de pré-embauche avec possibilité de CDI à la fin du stage. Le candidat doit être un étudiant supposé obtenir son diplôme à la fin de l'année scolaire. Dans un émail daté du 4 juin 2012 relatif à la campagne du recrutement prévue le 9 du même mois, M. Mahbouli écrit texto : « Le directeur de la société Openbridge a été agréablement surpris par la qualité des candidats marocains et ont sélectionné 7 candidats dont deux autres sur la liste d’attente. » Waw! On est flatté. Mais pas pour longtemps. Une petite recherche sur le Net nous apprend que Openbridge, société par actions simplifiée, spécialisée dans le secteur d'activité du conseil en systèmes et logiciels informatiques, active durant 9 ans, localisée à Boulogne Billancourt (92100) a été radiée le 7 janvier 2014 ! Créée en 2005, elle disparaît donc en 2014 soit deux ans après avoir recruté des ingénieurs venus du Maroc. Autrement dit, la boîte aurait été en difficulté à ce moment précis et a dû faire appel à des des cadres marocains bon marché dans l’espoir de relancer son business chancelant et rester en vie. Mais que sont devenus les 7 ou 9 employés marocains ? Mystère et boule de gomme. Combien sontils à se retrouver dans la galère après une belle promesse d’avenir. Sinetgra, vrai bureau de placement des compétences informatiques ou juste un écran de fumée ? Ce Mahbouli est-il un chasseur de têtes ou de pigeons
 
Jamil MANAR

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