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Confus de Canard
Révolution sur Internet
C’est connu, une bête politique, il ne faut pas la blesser. Il faut l’achever pour la neutraliser…C’est le b.a.-ba de la politique. Faute de quoi, elle peut faire beaucoup de dégâts en s’agitant car ne pensant jusqu’à l’obsession qu’à une seule chose : prendre sa revanche. Il ne faut pas chercher loin : la campagne de boycott des trois entreprises marocaines qui a démarré sur les réseaux sociaux est le fruit d’un désir de vengeance de celui qui s’est estimé injustement écarté de la primature et de la chefferie de son parti. De quoi nourrir chez lui une haine tenace et éternelle. Un vieux briscard de la politique de sa trempe, qui en vu d’autres, dont l’ADN est constituée d’intrigues et de complots, ne va pas commettre de nouveau l’erreur d’entrer en confrontation directe avec le système pour en connaître suffisamment le prix : l’emprisonnement qu’il avait subi à deux reprises du temps où la Chabiba Islamia dont il fut le chef de file qui cherchait à abattre la monarchie et installer à sa place la fameuse khilafa. Pourquoi prendre à nouveau le risque de subir les foudres des autorités alors que la face obscure et anonyme d’Internet peut offrir des ressources insoupçonnées en matière de déstabilisation ? D’un naturel roublard qu’il tente de cacher derrière son ton enjoué, l’ex-Premier ministre a eu tout loisir de comprendre l’étendue de l’impact du numérique sur la vie politique et la vie tout court. D’ailleurs, le PJD est l’un des rares partis à avoir accordé, conscient qu’il est de la faiblesse de ses relais médiatiques traditionnels, une importance considérable à la communication digitale où il a pris avec la mobilisation de ses brigades électroniques une grosse longueur d’avance sur ses adversaires. C’est en étant convaincu de la puissance des réseaux sociaux (un ménage sur deux au Maroc est connecté à Internet) que Benkirane, souvenez-vousavait pris une initiative inédite, celle d’inviter à un déjeuner à domicile, à quelques mois des législatives d’octobre 2016, une vingtaine d’influenceurs web les plus en vue. Ce n’est pas pour leurs beaux yeux qu’il a convié à sa table ce groupe de blogueurs. Conscient du pouvoir immense qu’ils détiennent, il voulait certainement influencer ces influenceurs en gagnant leur confiance et les convaincre à aider le PJD à booster sa campagne électorale sur le Net et même à agir au-delà. Les frustrations sociales, l’ignorance et le sentiment d’injustice aidant, il n’est pas difficile de monter la masse des déshérités contre l’ordre établi sous couvert de la vie chère. Une masse de pauvres et de nouveaux pauvres qui est prête à se laisser embarquer dans n’importe quelle campagne susceptible de lui donner le sentiment de prendre sa revanche contre « les symboles du système». Un système que Benkirane avait passé le plus clair de son temps, au plus fort de sa conduite des affaires du pays, à critiquer à grand renfort de petites phrases tout en assénant à plusieurs reprises ce qui ressemble à une menace : «le printemps arabe n’est pas terminé, il pourrait bien revenir ». Benkirane doit se payer les services d’une puissante cartomancienne ! Le printemps arabe qui a plongé nombre de pays arabes dans le chaos, est effectivement de retour au Maroc. Mais non pas sous forme de manifestations à l’identique du mouvement du 20 février dans le monde réel mais sous les traits obscurs d’une campagne de boycott plus ravageuse initiée dans l’univers virtuel par les milices islamistes. Au Maroc, la révolution numérique est en marche. Mais à l’envers !
 
 
Abdellah CHANKOU

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