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Le Maigret du Canard
Benabdallah en pleine déchéance
Ils sont nombreux au sein du PPS à refuser d’accorder un troisième mandat à leur chef fragilisé. Motif: celui-ci n’incarne plus l’avenir à leurs yeux. Explications.              

Le parti du progrès et du socialisme (PPS) tiendra son congrès national le 11, 12 et 13 mai pour renouveler ses instances dirigeantes. A moins d’un mois de ce rendez-vous crucial pour le devenir de ce parti en quête d’un nouveau positionnement politique, les dissensions qui le déchirent ne sont pas près de faiblir.  En cause,  son alliance avec les islamistes fortement pointée du doigt et un éventuel troisième mandat convoité par son secrétaire général sortant, Nabil Benabdallah qui ne fait pas l’unanimité. Un courant de contestataires (baptisé kadimoun, nous arrivons) est décidé à croiser le fer avec M. Benabdalalh et son clan et porter devant la justice l’affaire de ce qu’il qualifie en privé de traficotage du congrès et du formatage du parti en transformant sa base sur d’autres bases qui vont à l’encontre de son référentiel idéologique.  Les contestataires demandent clairement le départ de leur leader qui apparaît de plus en plus  fragilisé. Une revendication que ce front du refus explique par une série de «hors-jeu» politiques qu’il a cumulés qui ont rejailli sur l’image de la formation en la faisant vaciller sur ses bases.

En septembre 2016, ce que les détracteurs de Benabdallah considèrent comme un excès de zèle de sa part et sa réappropriation du lexique politicien de AbdelilahBenkirane (notamment le concept d’hégémonisme ou d’autoritarisme dans une allusion à la volonté du pouvoir de régenter la volonté politique)  lui avaient valu un recadrage sévère et inédit  du palais royal. «Il semble clair  que cette déclaration, qui intervient après d’autres déclarations tout aussi irresponsables de M. Nabil Benabdallah, n’est qu’un outil de diversion politique  en période électorale, qui requiert de s’abstenir de lancer des déclarations non fondées et d’utiliser des concepts qui portent atteinte à la réputation de la patrie et à l’intégrité et la crédibilité des institutions, dans une tentative de gagner des voix et la sympathie des électeurs», avait précisé le communiqué du cabinet royal, suite à un entretien qu’il a accordé à un hebdomadaire arabophone où il a en substance déclaré que  « sa formation politique n’a pas de problème avec le parti Authenticité et Modernité (PAM) mais avec la personne qui se trouve derrière ce parti».

Au PPS, il n’a échappé à personne le souci du cabinet royal de dissocier le parti de son chef :  «Cette affaire ne concerne que la personne ayant fait ces déclarations et elle n’a aucun rapport avec le PPS, parti reconnu pour son rôle historique de militantisme et sa contribution constructive au processus politique et institutionnel national». Benabdallah est clairement isolé. Il est désormais un pestiféré politique qui ne tardera pas une année plus tard à perdre son portefeuille de ministre d’Aménagement du territoire, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville.

Manœuvres

Un limogeage, en relation avec les disfonctionnements relevés dans le fameux programme Al Hoceima phare de la Méditerranée,  qui a frappé deux autres ministres et un secrétaire d’Etat et conduit à la sanction d’anciens ministres et hauts responsables.  On lui rendu la monnaie de sa pièce, tel est le sentiment qui dominait chez les anciens communistes à l’annonce du licenciement de leur patron. Si ce n’est pas une disgrâce, celui y ressemble beaucoup.

Les camarades, du moins les opposants à son alignement jugé trop flagrant sur les thèses de Benkirane et ses «sorties » intrigantes, ont bien capté le message: Il faut tourner la page Benabdallah. Le TSB (tout sauf Benabdallah) est en marche au PPS où on en petit comité certains s’interrogent faussement : «  est-il concevable qu’on renouvelle notre confiance à un  chef de parti recadré vertement par le cabinet royal et sèchement limogé par le souverain »? Un militant  PPS en vue, déçu par la ligne suicidaire de M. Benabdallah, pousse la réflexion plus loin en rappelant la nouvelle tradition politique consistant à ce que le secrétaire général nouvellement élu ou reconduit d’une formation reçoive un message de félicitations royal ou soit même reçu en audience au Palais. « Compte tenu de son cas, M. Benabdallah n’est ni félicitable ni recevable », tranche-t-il, traduisant ainsi l’état d’esprit de nombre de ses camardes qui craignent qu’un troisième mandat de Benabdallah ne compromette définitivement l’avenir du PPS en tant que parti de gouvernement. Le cas de l’Istiqlal, sorti  brutalement du temple du pouvoir où il a longtemps vécu  et expédié dans le désert de l’opposition en raison de foucades récurrentes de Hamid Chabat , est significatif  de la crainte qui taraude bien des militants PPS. A l’instar de Chabat, la date de validité de Benabdallah a-t-elle expiré ?            

On verra si ce vieux briscard de la politique a tiré in petto les leçons de sa descente aux enfers et s’il osera briguer un troisième mandat. Se sachant indésirable, l’intéressé est assez intelligent pour s’accrocher ; ce qui ne l’empêcherait pas dans la perspective du prochain congrès d’agir en coulisse pour favoriser l’élection d’un poulain à la tête du parti dont il continuera ainsi à tirer les ficelles. Les grandes manœuvres  ont déjà commencé au sein d’une formation qui a ceci de particulier que son comité central est composé de plus d’un millier de militants, alors que la même instance du parti communiste chinois en compte à peine une vingtaine. Une exception marocaine de plus...

Jamil MANAR

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