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Edito
Haca d’un autre âge
La Haca, telle qu’elle existe, fonctionne ou dysfonctionne,  est-elle en phase avec les mutations technologiques en cours ? La question mérite d’être posée à la lumière de la montée des fonctionnalités fabuleuses offertes par Internet. A commencer par la télés et web radios que l’internaute peut tranquillement regarder ou écouter sur son ordinateur. A la faveur  de la démocratisation des outils sociaux sur la Toile, ces stations, qui sont souvent créées avec très peu de moyens, se développent ailleurs à un rythme effréné, diffusant en streaming et en direct de la musique, des films et des émissions en phase avec leur publi-cible. Au Maroc, cette dynamique, appelée à s’amplifier, a commencé récemment à très petite échelle avec l’émergence de médias délocalisés émettant depuis l’étranger sans payer. C’est le cas, en attendant l’avènement d’autres projets similaires,  de Télé Maroc et Chada TV lancé en 2017 et de la Webradio NRJ Maroc qui  a vu le jour en février dernier.  Ces stations émettant en ligne se veulent une réponse épidermique à la réglementation tatillonne de la Haca, ses procédures lentes et  complexes ainsi que ses redevances excessives qui ont contribué à figer dans des proportions exceptionnelles le paysage audiovisuel national. Or, ce dernier a tout à gagner à  surfer sur la vague irrésistible du Net et accompagner en interne cette nouvelle génération de médias numériques qui ont investi de nouveaux territoires virtuels d’expression.

Tel n’est pas la démarche de la Haca qui  dans ce contexte technologique en pleine ébullition et en perpétuel changement a fait le choix de l’immobilisme, quitte à  paraître anachronique en se cramponnant à des réflexes d’un autre âge dont chacun a tout loisir d’admirer le résultat : deux pauvres télés publiques plus une Médi1 TV plombée ainsi que quelques radios privées classiques. Pour un pays de 35 millions d’habitants, il n’y a  pas de quoi pavoiser. 

C’est au nom de cette volonté de tout contrôler, cette vieille manie marocaine et non pas par l’étroitesse du marché publicitaire comme avait tenté de l’expliquer la Haca, que le Royaume a raté le virage de la libéralisation de l’audiovisuel en annulant en 2008 l’appel d’offres d’octroi de licences pour de nouvelles télés privées. La vraie raison derrière ce rétropédalage brutal ? La crainte que des «ennemis du Maroc» n’exploitent  cette ouverture audiovisuelle naissante pour s’engouffrer dans la brèche pour lui faire de l’opposition depuis l’étranger. L’agitation de cette muleta a fait peur aux décideurs politiques et la Haca en guise de justification a dégainé l’argument publicitaire qui n’a convaincu personne.

«Compte tenu de facteurs conjoncturels et sectoriels intervenus depuis le mois de septembre 2008, notamment la dégradation de la situation du marché publicitaire ainsi que la crise traversée par Médi1 Sat et le risque encouru pour le secteur dans son ensemble pouvant compromettre l’équilibre et la viabilité des opérateurs audiovisuels publics et privés existants, le CSCA a décidé, de surseoir à l’octroi de toute licence de télévision, dans l’attente d’une meilleure visibilité sur les équilibres du secteur», pouvait-on lire dans un rapport de la HACA de juin 2009.

Cette « meilleure visibilité » n’est toujours pas là alors que dix longues années sont passées depuis ce brutal frein d’arrêt imposé à la libéralisation du secteur audiovisuel national. Dans ce domaine, le Maroc fait figure de dernier de la classe en région maghrébine puisque la petite Mauritanie affiche 5 télés privées au compteur ! 2M, TVM, Télé notre destin ?
Abdellah CHANKOU

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