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Le Maigret du Canard
A quoi sert le CNPAC?
Force est de constater que la hausse constante des accidents de la route et le nombre de tués ne valide pas la stratégie de communication et l’action  de sensibilisation du CNPAC.

Casquettes à l’envers, lunettes de soleil, tricycles, textes «crûs», danse hip-hop..., le clip, à la fois cocasse et enfantin met en scène des écoliers transformés à l’occasion en rappeurs pour sensibiliser à la sécurité routière. C’est la énième campagne du genre réalisée par le Comité National de Prévention des Accidents de la Circulation (CNPAC).

Cette vidéo qui a fait le buzz sur le net est plutôt l’œuvre d’un groupe d’élèves de l’école primaire Ihsane d’El Jadida. Le poids des mots et le choc des images. Pour atteindre le grand public dans l’espoir de faire reculer le nombre de tués sur les routes, les messages de la prévention routière jouent sur tous les registres. Pour le moment, sans résultat. Le carnage routier se poursuit de plus belle. Pas moins de 4.000 morts bon an mal, 12 par jour en moyenne. C’est autant de victimes que sur les routes françaises, mais avec une population deux fois moins importante et un parc automobile comptant 13 fois moins de véhicules. Sans oublier les blessés graves et les handicapés à vie. Tel est le triste score détenu par le Maroc dans ce domaine. Malgré le nouveau code de la route entré en vigueur en 2012 et la sévérité des sanctions qu’il a introduites comme le permis à points et son retrait en cas de conduite en état d’ébriété, aucune baisse encourageante enregistrée en matière de sinistralité routière qui représente à tout point de vue un véritable problème de santé publique au Maroc.

Le total des accidents de circulation enregistrés dans le pays, au cours de l’année 2017, s’est élevé à 89.998 (soit une hausse de 9,99% par rapport à 2016) dont 25 573 accidents à l'extérieur du périmètre urbain (+9.84%), contre 64 425 (+10,04%) à l'intérieur du périmètre urbain. Ces sinistres ont provoqué 3499 décès en 2017, contre 3 593 en 2016 et 9.175 blessés graves en 2017, soit une hausse de 2,51% par rapport à l’année dernière.

Même le nombre des campagnes contre les risques routiers concoctées par le CNPAC est en hausse. Du coup, la question se pose d’emblée sur l’efficacité de ces dernières si la route marocaine continue à être aussi meurtrière. Campagne «Trajet de l’école», campagne «Code de la route», campagne «Ramadan et la conduite », « 4000 tués, en rase campagne, soyons vigilants»…Une flopée de campagnes déclinées à toutes les sauces qui ne contribuent nullement à inverser la courbe de la mortalité sur la route.  Malgré l’inefficacité  de ses sports télévisuels, ce comité continue à appuyer sur l’accélérateur de la sensibilisation sans aucun travail d’évaluation de la pertinence du message véhiculé.

Mortalité

Or, ailleurs,  chaque campagne réalisée par les organismes en charge de la sécurité routière fait l’objet d’un post-test auprès d’un échantillon représentatif d’usagers de la route dans le mois qui suit son dernier jour de diffusion. Ce sondage permet de faire un bilan de campagne en  déterminant le nombre des usagers qui s’y retrouvent et le degré d’efficacité qu’ils lui attribuent.

Rien de tout cela ne se fait chez le CNPAC dirigé par Benacer Boulaajoul qui continue à servir au public des spots télévisuels inopérants accompagnés d’un discours devenu indigeste à force d’être ressassé. Le secrétaire permanent du machin martèle que le programme d’action du CNPAC s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de sécurité routière 2017-2026 qu’il accompagne d’un plan de communication, d’éducation et de sensibilisation aux dangers de la route. Mais 2026 c’est loin.  Vivement des bilans d’étape et des études d’impact régulières pour mesurer l’efficience du travail de ce cet organisme. Pourtant, les moyens financiers dont il dispose ne sont pas négligeables. Rien qu’en 2015, cet organe a englouti un budget de 125 millions de DH sous forme de spots télévisés, capsules radios, actions de proximité, sponsoring et autres séminaires. Histoire d’être à la page, le CNPAC s’est offert des comptes sur les réseaux sociaux :  Facebook, Tweeter, Google Plus et YouTube avec une WebTV. Objectif :  relayer et «mettre en valeur toutes les productions audiovisuelles du Comité», clame fièrement Boulaajoul. Or, il ne suffit pas d’avoir de la visibilité sur le plan de la communication pour se sentir quitte. A ce train de Boulajaoul, le gouvernement n’est pas assuré d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixés de réduire de 25%, la mortalité sur la route au cours des cinq prochaines années et de 50% à l’horizon 2025. Il est urgent de faire prendre un autre virage au travail de la prévention routière.

D’où vient l’argent du CNPAC ?

Le budget du CNPAC est alimenté principalement par le contribuable motorisé, les compagnies d’assurances et autres sociétés  de transport  via  une foultitude de taxes parafiscales  dont ils s’acquittent à diverses occasions.  La « contribution des entreprises d’assurances » fixée à 0,3% du montant des primes ou cotisations perçues par ces compagnies.  Une taxe de 10 DH dite « contribution des organismes de contrôle technique des véhicules automobiles » apposée, sous forme de vignettes, sur les  attestations de visite technique des véhicules. Une taxe baptisée «contribution des assurés» fixée à 15 DH par attestation d’assurance. Une taxe dite « contribution des sociétés distributrices de carburant » fixée à 0,05 DH par hectolitre d’essence et de gasoil. Une taxe dénommée « contribution des firmes intéressées par l’automobile » fixée à 0,05% du chiffre d’affaires de ces concessionnaires, tel qu’il ressort de leurs déclarations fiscales. Une taxe dite « contribution des établissements d’enseignements de la conduite automobile », les fameux auto-écoles,  fixée à 200 DH par an et par véhicule affecté à cette activité. Une taxe dénommée « contribution des entreprises de transport public de voyageurs » fixée à 500 DH par an et par autocar de première ou de deuxième catégorie. Une taxe dite « contribution des entreprises de transport public de marchandises » fixée à 500 dirhams par an et par camion couvert par une autorisation de catégorie C. La taxe de «contribution des entreprises disposant de véhicules circulant sous couvert d’un permis de circuler » fixée à 500 DH par an et par camion dont le poids total en charge (PTC) est de 38 tonnes ou plus.  Subvention publique à hauteur  de 3 millions de DH.

 

Rachid ABBAR

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