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Edito
Un gouvernement de glace
 En regardant les images de ces chutes impressionnantes de neige dans plusieurs contrées du pays et les mille et une difficultés que ce phénomène fait subir à plusieurs milliers de populations pauvres et démunies qui gèlent à pierre fendre, il est difficile de ne pas faire cette réflexion : le sort de ces Marocains du Maroc profond, aux prises avec une vague de froid sans précédent, aurait été largement meilleur si leurs régions étaient convenablement équipées en infrastructures de base. Ce qui est loin d’être le cas. Ni routes en bonne et due forme, ni bois pour se chauffer et encore moins un dispositif de secours de type Orsec alors même qu’elles sont durement touchées au vu des grosses quantités de neige tombées du ciel qui ajoutent à la rudesse de leur quotidien qui pèse déjà des tonnes en temps normal. 

Livrés à eux-mêmes dans l’indifférence des autorités, se débrouillant du mieux qu’ils peuvent, les habitants des trois Atlas, le grand, moyen et anti, sont coupés du monde.

Faute de routes praticables, ils sont assiégés. Impossible de se rendre au souk ni à l’école qui sont généralement loin du douar surtout en zone montagneuse où la sur-vie se fige dans des séquences moyenâgeuses. Beaucoup ont perdu dans ce froid terrible leur troupeau qui constitue leur unique richesse dans un environnement des plus impitoyables. 

Mis à part quelques actions de charité sporadiques qui sont une goutte dans un océan de dénuement, on n’a pas vu le gouvernement se mobiliser sérieusement pour ces gens-là ni déclarer leurs régions sinistrées. Face à ce coup de froid atroce, Al Othmani et son équipe restent de glace !

Ils sont beaux les discours officiels sur le désenclavement. On voit bien à quoi ils ressemblent au contact des rares images filmées par la deuxième chaîne 2M dont les équipes  ont fait preuve d’un grand courage en bravant des conditions climatiques très dures pour montrer l’extrême souffrance de ces oubliés- de toujours-  de la croissance et des gouvernants…

Mais pourquoi recourir  constamment quand il s’agit du monde rural à des solutions provisoires comme les  hôpitaux de campagne ou des campagnes de distribution de couvertures avec quelques victuailles là où les responsables étaient censés agir pour désenclaver, passer des routes dignes de ce nom, construire des hôpitaux en dur et créer de véritables activités génératrices de revenus ? Justement, la neige aurait pu devenir pour peu que la vision et la volonté  politiques y soient un formidable levier qui produit du développement local, crée des emplois et génère de la richesse pour les habitants. En Europe, comme en France, Suisse, Autriche et Italie, toute une économie prospère a été bâtie depuis longtemps grâce à la valorisation de la neige par la création de stations de ski dans les régions montagneuses qui attirent chaque année des millions de touristes adeptes du tourisme d’hiver. Ce qui est vécu comme un drame chez nous, faute d’un travail de mise en valeur de cette richesse inestimable, représente ailleurs un grand facteur de développement qui fait vivre plusieurs milliers de familles tout en générant des recettes importantes pour les régions des domaines skiables.    

Même l’Oukaïmeden dans la région de Marrakech, qui possède pourtant toutes les qualités pour devenir une excellente plate-forme de ski, est handicapée par l’absence des infrastructures (hôtels, restaurants, animation et autre activités récréatives …). Idem  pour Ifrane où la neige, figée à l’état naturel, reste sous-valorisée ; ce qui in fine prive le secteur touristique national qui a besoin de diversifier son offre d’un produit assez intéressant  aux retombées bénéfique sur nos territoires montagneux.

Savez-vous que le Maroc est le seul pays au monde où il est possible en l’espace d’une journée de skier (Oukaïmeden), se baigner (Agadir) et s’offrir une randonnée dans le désert (Ouarzazate) ? Imaginez le nombre de touristes nationaux et étrangers qu’une telle expérience unique  est susceptible de  séduire. Les effets  multiplicateurs de cette excursion extraordinaire sont énormes, pouvant impacter directement la communauté des ruraux.  Mais encore faut-il que les pouvoirs publics avec la collaboration des acteurs régionaux  se mobilisent pour favoriser les investissements nécessaires (formation des jeunes paysans aux métiers du tourisme et de l’accueil, infrastructures routières et sanitaires, aérien pour le trajet Marrakech-Agadir-Ouarzazate…). Voilà de véritables plans de développement, qui s’imposent par la réalité du potentiel local, dont a besoin le monde rural pour sortir de son enclavement chronique et du carcan du dénuement. Le  fameux Fonds de développement rural et les zones de montagne, placée sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, a un rôle primordial à jouer en tant que catalyseur de cette dynamique.

Faut-il attendre que les cabinets internationaux comme Mackenzie qui ont dicté au Maroc les métiers à développer pour les grands groupes étrangers (aéronautique, automobile et offshoring) lui conseillent de développer le tourisme d’hiver et autres produits de l’éco-tourisme pour que les responsables soient convaincus de la pertinence de ce choix pourtant évident ?        

A.C.

Abdellah CHANKOU

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