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Edito
Le flottement avant la noyade ?
 La grande urgence qui ne saurait attendre, la réforme du siècle que tout un peuple appelle de ses vœux depuis longtemps s’appelle la flexibilité du système de change dont le conseil du gouvernement de vendredi du 12 janvier a fixé la date d’entrée en vigueur pour lundi 15 janvier ! Combien on aurait aimé être mis devant le fait accompli avec un moratoire à respecter par les gouvernants sur les grands dossiers qui engagent véritablement l’avenir de la nation, en l’occurrence la refonte de son système éducatif chroniquement malade et qui continue à enrichir le pays de cohortes de chômeurs, la mise à niveau de sa classe politique qui n’est plus que l’ombre d’elle-même tellement elle a perdu toute crédibilité aux yeux de la population, la mise en place d’un nouveau modèle économique qui fait émerger des secteurs productifs compétitifs et créateurs de richesses et non de riches et la promotion d’un système de soins publics de qualité avec des hôpitaux dignes de ce nom. Malgré les beaux discours, ces chantiers stratégiques ne semblent pas constituer une urgence tout comme la nécessité de sortir de la marginalisation tout un arrière-pays à l’image de Jerada, El Hoceïma, Zagora, Ouazzane et bien d’autres villes qui agonisent dans l’indifférence des pouvoirs publics mais qui ont décidé de sortir de leur mutisme pour donner de la voix et battre le pavé. Déminer ce champ social qui menace la cohésion de la société n’est-il pas une urgence qui mérite un deadline ? Faut-il en déduire que les réformes qui comptent ne sont mises en œuvre au Maroc que sur injonction des institutions de Bretton Woods?

Malgré les déclarations rassurantes des autorités monétaires nationales, la flexibilité du dirham, confondue avec la dévaluation, a été perçue, au lendemain de son annonce au cours de l’été dernier, par le Marocain lambda comme une menace directe sur son épargne; d’où un mouvement de panique qui s’est traduit par des retraits massifs de liquidités dans plusieurs agences bancaires et la ruée vers le marché noir de l’euro et du dollar. Faut-il en vouloir au simple citoyen de chercher à protéger ses économies alors même que certaines grandes banques, censées accueillir la nouvelle réforme avec une confiance, auraient encouragé leurs clients à spéculer en achetant de la devise? Tout le monde l’aura compris, c’est papa FMI qui a fini par imposer au gouvernement l’abandon du système de change fixe au profit d’un dispositif de cours flottant. Pour éviter la brutalité du choc, les choses se feront en douceur, graduellement avec dans un premier temps une marge de 2,5% dans l’optique d’une libéralisation totale dans 15 ans qui signifie la fin de l’encadrement de la monnaie nationale par la Bank Al Maghrib. Une monnaie dont le cours sera totalement fixée par la loi de l’offre et de la demande. Dans un pays dont l’économie très peu compétitive et diversifiée génère beaucoup plus de demande que d’offre, il faut sans doute s’attendre à des lendemains qui déchantent…Le flottement avant la noyade ?

Abdellah CHANKOU

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