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Edito
Années de plomb sociales ?
 C’est connu,  les mêmes causes produisent les mêmes effets. Après l’agitation rifaine qui a été affaiblie avec l’expédition de ses meneurs à l’ombre, voici la jacquerie de Jerada dont personne, étant encore à ses débuts,  ne peut prévoir l’issue. Dans l’une comme l’autre ville, c’est la mort qui sert de détonateur à la colère des habitants dans un contexte socialement inflammable nourri par la montée de la précarité sociale dans les milieux défavorisés.  Si Al Hoceima, le détonateur aura été le décès tragique du poissonnier MohsineFikri, A Jerada, c’est la disparition accidentelle de deux frères dans une mine de charbon désaffectée de Jerada qui a provoqué le réveil de cette région enclavée et marginalisée du nord-est du Maroc.

Au cours de l’été dernier, ce sont les habitants de Zagora dans le sud du pays qui ont battu le pavé pendant plusieurs jours en guise de protestation contre la pénurie d’eau. Comme à El Hoceïma, la réponse à la colère de la soif de Zagoris était essentiellement sécuritaire et judiciaire puisque un groupe de manifestants ont été déférés devant la justice pour troubles à l’ordre public et actes de vandalisme. S’agissant de Jerada, le mouvement s’est déroulé sans dérapages. Du moins pour l’instant. Le temps du dialogue et de la négociation étant toujours de mise. 

«Le peuple veut une alternative économique», scandaient la foule des manifestants, principalement des jeunes, qui  mettaient en avant le caractère «pacifique» de leur mouvement tout en arborant un drapeau marocain sur les épaules, histoire de montrer clairement qu’ils sont attachés à leur pays et à son unité et qu’ils ne nourrissent pas le moindre projet séparatiste comme en furent accusés leurs congénères d’El Hoceïma. Tout ce qu’ils revendiquent haut et fort c’est  un travail digne et sécurisé qui les protège de l’insécurité mortelle de la descente dans la mine, fermée depuis près de deux décennies,  pour en extraire à la main du charbon qu’ils revendent à des négociants locaux. Faute d’activité économique viable, ce travail aussi clandestin que périlleux constitue le principal gagne-pain pour la plupart des jeunes désœuvrés  de la plus pauvre commune du Maroc. Ces derniers n’avaient d’autre choix que de prendre, au péril de leur vie et au vu et au su des autorités, le relais de leurs parents ou proches que sont les  fameuses «gueules noires» qui s’y sont esquintés la santé depuis l’époque coloniale jusqu’au début de l’an 2000. Mais depuis cette date, Jerada, qui garde encore les vestiges d’une prospérité révolue avec ses maisons en tuile rouge plantées à l’entrée,  sera condamné à être une ville fantôme. Sans revenus stables pour ses habitants. Ni perspectives d’avenir pour ses milliers de jeunes. La faute à qui ? Comment se fait-il que les pouvoirs publics et les autorités locales et élues se sont-ils accommodés de cette situation socialement et économiquement délicate ? A quoi ont servi les gouverneurs et les élus qui se sont succédé à Jerada depuis la fermeture de la mine ?  A entretenir le sort peu enviable de la zone comme… une mine de problèmes à laisser en suspens ? Encore une fois, les responsables ont montré leur incapacité à anticiper les problèmes par l’action et qu’ils n’excellent que dans la réaction. 

Le Maroc n’en a pas fini avec les manifestations car des  comme Jerada, ces petites villes agonisantes livrées depuis longtemps à leur mal-être, y sont légion. Après les années de plomb politiques, une période de plomb sociale ?         

A.C.

Abdellah CHANKOU

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