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Edito
Musulmans en quête de leadership…
 C’est le même scénario qui se répète à chaque humiliation de la nation arabe : La rue arabe se met en effervescence en scandant des slogans hostiles aux Israéliens et à leurs protecteurs américains, tandis que les dirigeants arabes s’emmurent dans un silence gêné, se contentant de communiqués de condamnation avec une convocation en catastrophe de la ligue arabe dont les recommandations verbales ne sont jamais suivies d’effet. De quoi remplir des océans de la phraséologie d’indignation très polie.  Cela fait plusieurs décennies que les dirigeants du monde arabe ne font autre chose que de mettre en scène leur impuissance. La décision du président américain Donald Trump de reconnaître Al Qods (Jérusalem), comme capitale d'Israël a donné lieu à la même séquence qui a amplifié jusqu’à la caricature l’impuissance et l’inertie de ceux qui sont aux commandes de la Oumma arabo-musulmane. Ceux qui s’attendaient à ce que cette grave décision que rien ne justifie, attentatoire aussi bien aux résolutions de l’ONU sur le statut de Jérusalem qu’aux intérêts palestiniens et musulmans et à un  processus de paix au point mort depuis longtemps, provoque une riposte énergique, à la hauteur de la provocation trumpienne en ont été pour leur frais. Pour toute réplique, une réunion extraordinaire de la ligue arabe, samedi 9 décembre, à l’échelle des ministres des Affaires étrangères. Et pas des chefs d’Etat et de gouvernement. Là où l’on voit que le sort de Al Qods les préoccupe au plus haut point!  Les régimes arabes, notamment du Golfe, ont mieux à faire. S’entretuer à  coups d’armement chèrement acquis auprès des puissances occidentales (américaine, française et autres). Comme c’est le cas au Yémen devenu à son corps défendant le théâtre d’une guerre par procuration que se livrent les deux frères-ennemis  sunnites et chiites, l’Arabie Saoudite et l’Iran, dans une course aveugle au leadership religieux. Cette escalade dangereuse dans l’antagonisme entre ces deux grands pôles de l’islam a même débordé sur les frontières du Proche-Orient sur fond d’affrontement séculaire entre arabes et perses pour atteindre des pays comme le Maroc et certains pays africains comme le Soudan entraînés par Riyad dans cette guerre contre les rebelles chiites houthis. 

Une autre brouille est venue entre-temps compliquer davantage la donne suite à la mise au ban du Qatar en juin dernier par ses voisins arabes sous prétexte qu’il finance le terrorisme ! A y regarder de plus près, la stratégie israélo-américaine produit du sens : elle permet de neutraliser le monde arabe et musulman en exacerbant des conflits en son sein. Ce qui se traduit par une énergie en moins à combattre son vrai ennemi qu’est l’Etat hébreu imposé dans un territoire spolié aux Palestiniens. De cette façon, Israël peut s’assurer une paix durable surtout que l’Iran, sa principale bête noire dans la région, qu’il craint en raison de son programme balistique jugé dangereux pour la sécurité d’Israël, se fourvoie dans une guerre contre l’Arabie Saoudite. Résultat :  Le processus de paix entre Palestiniens et Israéliens et le conflit arabo-israélien dans sa globalité  sont escamotés au profit de l’affrontement sunnites-chiites dont les protagonistes font  consciemment ou pas le jeu de l’ennemi qu’ils sont censés combattre. Dans ce contexte en cours de recomposition,  la situation est telle que Tel-Aviv peut devenir un allié de poids dans la stratégie saoudienne de faire pièce à la progression d’un courant chiite jugée menaçant pour la stabilité, voire la survie des régimes du Golfe. C’est le scénario de rêve, qui se profile déjà à l’horizon, pour Netanyahou et Trump qui peuvent ainsi s’ériger en maîtres du jeu de la politique dans cet Orient complexe. Est-ce en prévision de cette nouvelle donne où la question palestinienne est sacrifiée sur l’autel de nouveaux calculs géostratégiques qu’il convient de lire la décision du président US de donner aux Israéliens Jérusalem en cadeau de fin d’année? Une chose est sûre : Le monde musulman, de plus en plus visé par Trump et son équipe, a besoin d’un nouveau leadership qui soit fort et crédible à même d’incarner, toutes divisions mises part,  une certaine idée de la Oumma…

Abdellah CHANKOU

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