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Le Maigret du Canard
Ça ne coule pas de source
 Depuis le temps que les spécialistes attirent l’attention des décideurs sur les risques imminents de pénurie d’eau, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts,  charriant  l’espoir de voir le Maroc  adopter une démarche anticipative pour limiter les dégâts.

L’été dernier, des milliers de personnes ont investi les rues de Benslimane, de Sefrou, de Khénifra, de Zagora, de Fès, de Taza, de Taounate, d’Ouezzane et de Chefchaouen pour manifester leur indignation et réclamer de l’eau. A Zagora, un groupe de manifestants de la soif a même été condamné à la prison pour avoir pris part à une marche de protestation qui a tourné à la confrontation avec les forces de l’ordre. Surnommé le « hirak de la soif », ce mouvement a fait réagir le chef de l’Etat qui a donné ses instructions au chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani en Conseil des ministres, pour trouver une solution à ce problème dans le cadre d’une commission d’experts. Il faut dire que les pouvoirs publics ont été très lents à la détente face aux  rapports alarmants des spécialistes, des centres de recherches et des organisations onusiennes (voir encadré). Entretemps, l’actuel exécutif par la voix de Charafat Afilal, la ministre déléguée chargée de l'Eau, annonce  « un plan d’action urgent » pour faire face à la pénurie d’eau dont le gouvernement commence à prendre conscience. Ce plan est axé essentiellement sur le renforcement du recours à l’exploitation des ressources souterraines pour un budget de 48 millions de DH dans lequel le département  de la ministre contribue à hauteur de 28 millions de DH. Les agences hydrauliques ont été également mises à contribution pour une contribution de 20 millions de DH. Aujourd’hui, sans faire son mea culpa, l’exécutif change de fusil d’épaule et entend traiter le problème dans son intégralité.

L’heure est grave !

Interpellé à ce propos à la Chambre des représentants, le Premier ministre a annoncé que le gouvernement a mis en place un programme d'urgence pour faire face au problème de pénurie d'eau ». Suite à la réunion du Comité ministériel de l’eau du 18 octobre 2017, un comité technique a été créé. Ce dernier composé de toutes les instances concernées, a proposé un « programme d'urgence qui comprend notamment l'intensification de l'exploration des eaux souterraines, l'économie d'eau et la gestion des ressources hydriques disponibles, l'approvisionnement en eau potable et en eau d'irrigation des arbres fruitiers à travers l'utilisation des camions-citernes, l'augmentation de la production d'eau potable dans certains centres ruraux et périurbains, l'établissement de points de distribution d'eau pour l'abreuvement du cheptel, outre la mise à niveau et l'entretien des canaux d'irrigation de petite et moyenne taille », a précisé M. Al Othmani.

Déficit

En parallèle, les investissements dans des projets innovants et structurels seront augmentés durant la période 2018-2025. Ce programme d’urgence table aussi sur la poursuite des plans en cours pour alimenter le monde rural en eau et le lancement d’un programme supplémentaire pour les villages qui ne sont pas déjà ciblés par des organismes étatiques. Dans son intervention, le chef de gouvernement a annoncé l’adoption d’un Plan national de l’eau et décliné quelques-uns de ses objectifs. En tête de liste, figure l'augmentation de la performance des réseaux de distribution d'eau potable, la transformation des systèmes d'irrigation traditionnels aux systèmes localisés d'irrigation pour la distribution de 51.000 hectares par an, la construction de 25 barrages (5 par an entre 2017-2021), et de dix petits barrages annuellement. Ledit plan prévoit aussi la poursuite de la construction de 14 grands barrages tandis 35 autres sont programmés ultérieurement, ce qui permettra d'augmenter la capacité de stockage de 17,6 milliards de m3 à 25 milliards de m3 d'ici 2030. Enfin, ce plan prévoit le renforcement du recours au dessalement de l'eau de mer et le traitement des eaux usées à travers la préparation d’un prolongement du Programme national d'assainissement liquide et d'épuration des eaux usées (PNA) scindé en deux phases. Avec ce déficit pluviométrique qui persiste préjudiciable à tout point de vue,  la stratégie gouvernementale, ambitieuse sur le papier, ne coule pas vraiment de source.

Le pire devant nous

Selon le World Resources Institute (WRI), le Maroc connaîtra un niveau de stress hydrique extrêmement élevé d’ici 2040. Le Royaume pourrait perdre plus de 80% de ses ressources actuelles en eau d’ici 25 ans en raison de la grande consommation des ménages, de l’industrie et de l’agriculture. Selon les statistiques onusiennes, la disponibilité de l’eau est passée de 2.500m3 d’eau par habitant par an en 1960 à moins de 500m3. Or, en dessous de 1.000m3 par habitant, un pays est considéré en situation de stress hydrique.

Abdelali Darif Alaoui

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