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Côté Basse Cour
Drame d'Essaouira : Pour une pincée de farine…
 Au-delà de l’émotion suscitée aux quatre coins du pays et des enquêtes diligentées pour déterminer les responsabilités des uns et des autres, la bousculade mortelle d’Essaouira, qui a fait 15 morts, toutes des femmes,  dimanche 19 novembre  lors d’une opération de distribution de denrées alimentaires, vient nous rappeler une triste réalité : Malgré tous les efforts de solidarité déployés à divers niveaux, depuis plusieurs années, la pauvreté frappe encore d’importants pans de la population, aussi bien du Maroc des villes que des campagnes. La situation est telle qu’il suffit d’annoncer la nouvelle d’une opération de charité pour que les nécessiteux accourent frénétiquement  de partout pour être les premiers à en bénéficier.  C’est la ruée vers l’aumône. Les candidats à l’assistanat deviennent tellement hystériques qu’ils se bousculent, les uns marchant sur les pieds des autres dans une absence totale de respect et de discipline. C’est connu, la file n’est pas marocaine. Tout le monde veut être le premier à être servi. Un trait de culture sans doute. Et quand l’irrationnel s’invite dans l’affaire sur fond d’absence d’une bonne sécurisation de l’opération par les autorités locales, il faut s’attendre au pire. Il paraît  en effet que notre mécène, un prédicateur célèbre de Casablanca qui officie dans une mosquée du quartier huppé de Californie,   ne distribue pas seulement des paniers de vivres à 150 pièces via son association Aguissi de mémorisation du Coran et des œuvres  sociales. Il donne aussi la baraka à ceux qui le touchent! C’est ce qui expliquerait l’importance de l’affluence (près de 3.000 personnes alors que les organisateurs s’attendaient à un millier tout au plus) les gens étant venus des douars alentours et même des villes avoisinantes comme Safi, Chichaoua et Agadir. C’est la cinquième opération caritative annuelle du genre que l’association Aguissi réalise dans cette contrée d’ou est issu la star de l’imamat. Ce sera certainement la dernière en raison des dégâts immenses qu’elle a provoqués.

   

 Pauvreté, indiscipline, ignorance : une trilogie mortelle

 

C’est ce contexte,  se nourrissant aussi d’une absence de l’encadrement juridique de la charité dans ce pays en ce sens que n’importe qui peut s’improviser bienfaiteur, qui a enfanté, un jour de souk, le drame ayant endeuillé la bourgade poussiéreuse de Sidi Boulaalam. Elles étaient venues chercher de la farine, du sucre et de l’huile pour nourrir leur famille pendant quelques jours ; elles ont rencontré la mort par étouffement. Terrible coup du sort.

Vu du Maroc utile, mourir pour 150 DH d’aliments de base paraît incroyable. En effet, moins de 200 DH, ce n’est pas grand-chose. Pas même le prix d’une entrée dans un restaurant ordinaire de Casablanca. Mais cela représente beaucoup pour les femmes pauvres de  Sidi Boulaalam et leurs consœurs  qui sont légion dans le Maroc profond.

Justement, il y a ce mystère qui appelle cette question :   Pourquoi les candidats à la charité de Aguissi étaient exclusivement composés de femmes et pas d’hommes ? Cela rappelle le mode opératoire de nombre d’associations islamistes à l’image de Al Hidn à Casablanca affiliée au PJD dont la «clientèle» est exclusivement féminine. Appréciée pour sa capacité de mobilisation des électeurs dans l’entourage familial et du voisinage, cette dernière se rend régulièrement au siège de l’association qui a pignon sur rue où elle récupère différentes aides.  La charité politique avec des visées électoralistes a-t-elle frappé à Essaouira ? Seule l’enquête, qui a conduit le gouverneur d’Essaouira et une brochette d’agents d’autorité  devant la justice, est en mesure de déterminer si l’action caritative de Sidi Boulaalam relevait de la pure charité ou  elle était menée pour le compte d’une tierce parti (e) sachant que cette commune est dirigée par un élu PJD. Seule les investigations judiciaires   pourront faire la lumière sur les circonstances de ce drame qui a choqué plus d’un. A commencer par le souverain qui a demandé au gouvernement de pallier rapidement le vide réglementaire qui caractérise le domaine de la charité publique. Ce qui laisse la voie ouverte aux marchandages les moins avouables.

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