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Edito
L'après-séisme politique
 Quatre membres du gouvernement en exercice limogés et autant d’ex-ministres tombés en disgrâce. Pour un séisme politique, c’en est un. De même magnitude ou presque que celui ayant secoué en 1972 le gouvernement de Ahmed Osman dont six ministres furent jugés et écroués pour corruption dans le cadre de la fameuse affaire de la Panam. L’histoire est-elle en train de bégayer ? Une chose est sûre : Plus de quarante ans après, S.M le Roi Mohammed VI ressent le même besoin que son défunt père de couper des têtes et non des moindres. Ces deux époques, celles de feu Hassan II et de son successeur, ont ceci de commun l’instauration, à force de laxisme et d’impunité, d’une ambiance très tendue dans le pays, provoquée sous la première par les deux tentatives de coups d’Etats de 1971 et 1972 et sous la seconde par la révolte du Rif engendrée par la mort tragique en octobre 2016 du poissonnier Mohcine Fikri. Or, force est de constater que la mise en détention de l’ex-ministre des Finances Mamoun Tahiri et compagnie qui seront graciés quelques années plus tard n’a pas véritablement servi d’exemple ni contribué à instaurer un cercle vertueux dans la gestion des affaires publiques puisque les pratiques qui démolissent merveilleusement une gouvernance et plombent l’avenir d’un pays (corruption, népotisme, passe-droits, privilèges...) ont repris de plus belle tout en poursuivant jusqu’à ce jour leur belle croissance alimentée par la victoire de l’impunité.

Résultat : Le citoyen lambda, longtemps habitué jusqu'au blasement à ne pas voir ses gouvernants assumer au moins leurs fautes en déposant leur démission et à se partager tel un gâteau les postes de responsabilité sans rendre de comptes, a petit à petit perdu confiance dans le système et ses gouvernants. Surtout qu’il ne voit expédier devant les tribunaux et à l’ombre que le menu fretin judiciaire ou s’ouvrir par intermittence des procès liés à des opérations d’assainissement à la carte. C’est cette confiance, sans laquelle aucune politique de développement ne saurait être viable, que S.M le Roi Mohammed VI, qui a à plusieurs reprises dénoncé les travers de l’administration, entend certainement restaurer en sanctionnant de hauts responsables ayant failli à leurs devoirs dans l’exécution du programme de développement de al Hoceïma. Agir également pour montrer que les dés ne sont pas pipés est une condition sine qua non pour relancer l’espoir d’un changement que seule l’institution royale en locomotive incontournable peut, vu l’état pitoyable de la plupart des partis, conduire par paliers et petites touches. Ce mardi 24 octobre est censé marquer une rupture avec l’ère de la responsabilité publique comme un privilège ou un cadeau que les partis distribuent en tenant compte de critères qui ont très peu à voir avec la compétence et la probité. Si on était dans un pays normalement constitué, nombre de personnes, tel Lahcen Haddad qui a été infligé au tourisme, ne seraient jamais devenus ministres. Voilà qui milite encore une fois pour la création d’une école du Royaume, à l’image de l’école de la république française qu’est l’ENA, dont la mission est de former les élites du pays appelées à alimenter les gouvernements, les cabinets ministériels et la haute administration. Il est temps d’en finir avec les circuits des nominations autant opaques qu’hasardeux qui ont montré suffisamment leurs limites dangereuses. Des circuits enrichis depuis quelques années par le fameux appel à candidatures instauré par le PJD au pouvoir qui propulse aux postes de commande en guise de récompense une flopée de profils tout simplement non méritants. Réhabiliter la responsabilité dans ce pays revient d’abord à faire preuve d’exigence en matière du recrutement du personnel de l’Etat. Avec un peu de fermeté et de transparence, le reste suivra. Les séismes politiques sont de saison. Encore faut-il qu’ils servent à reconstruire ce que des décennies de gabegie, d’imprévoyance et de léthargie ont démoli.

Abdellah CHANKOU

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