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Le Maigret du Canard
Pour qui carbure Mohamed El Krimi ?
Pour la 6e fois depuis le 21 mars 2016, date à laquelle le tribunal de commerce de Casablanca s’est prononcé pour la mise en liquidation de la Samir, la même juridiction a accordé, le 17 juillet dernier, un délai supplémentaire de 3 mois à Mohamed El Krimi, l’expert comptable qu’elle a désigné syndic judiciaire pour procéder à la liquidation de l’unique raffinerie pétrolière du pays. Or, au vu de la lenteur qui marque depuis le début cette affaire complexe qui tourne au feuilleton judiciaire, il n’est pas exclu que ce délai soit suivi par d’autres, ce qui risque de faire enliser et éterniser le dossier dans des procédures interminables. Hormis la dernière sortie médiatique de M. El Krimi qui n’a servi en fait qu’ajouter le flou au flou, aucune vision claire quant à l’avenir de la filiale marocaine de Corral Petroleum Holding ne semble se dessiner. Dernière péripétie mystérieuse en date : pour encourager les candidats au rachat de la société, la justice a décidé de les dispenser de la caution bancaire s'élevant à 1% du montant de l'offre globale ! Voilà qui fait peser une grosse incertitude sur l’issue de la transaction Samir. Presque 500 jours se sont écoulés depuis l’entrée en scène de Mohamed El Krimi sans que rien de concret sur le terrain ne soit vraiment réalisé. Pas de redémarrage de l’activité de la raffinerie, ardemment défendue par le mandataire judiciaire dès juin 2016, ni un début d’une négociation sérieuse pour la reprise de l’affaire par d’éventuels investisseurs, ni une liquidation effective de l’entreprise et ses actifs (composés notamment de certaines filiales solvables dans le tourisme et la distribution) pour permettre aux créanciers de récupérer ne serait-ce qu’une partie de leur dû. Or, le scénario de la liquidation n’emportait pas l’adhésion du directeur général de la Samir Mohamed Ba-amer qui a réussi, via un recours en rétraction déposé par avocat le 7 mars 2016 à faire privilégier l’option d'une cession qui n'englobe pas les actions détenues par la Samir dans d'autres sociétés. Parallèlement au recours introduit par la défense de la direction générale contre l'ordonnance du 30 janvier 2017 ouvrant une vente globale de la Samir, l’actionnaire principal, le milliardaire saoudo- éthiopien Mohamed Hussein Al Amoudi a pré- féré lambiner. Non seulement il n’a pas respecté son engagement de recapitaliser la boîte à hauteur de 10 milliards de DH pris lors du conseil d’administration extraordinaire de la Samir en octobre 2015, mais il s’est permis en plus de porter le conflit devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements de la Banque mondiale (Cirdi).
Entourloupette
Une manœuvre grossière visant à faire suspendre toutes les procédures du recouvrement en réponse au refus de sa condition d’abandon d’une bonne partie des dettes de la Samir assortie d’un plan de rééchelonnement du reste. Depuis le début de la crise, le temps joue en faveur de Al Amoudi qui a exécuté, via son hommelige placé à la tête de la société, une politique de pompage des ressources de la raffinerie et non de gestion saine de son activité. Les difficultés de la Samir, qui ont toutes les caractéristiques d’une faillite frauduleuse, c’est évidemment tout benef pour Al Amoudi&consorts. Et s’ils peuvent gagner du temps en jouant les prolongations, c’est encore mieux ! Ce qui arrange au passage les affaires du personnel de la Samir qui, forcé à un chômage technique longue durée, continue à percevoir son salaire depuis la mise à l’arrêt de la raffinerie en août 2015. Une situation préjudiciable évidemment aux intérêts des créanciers qui réclament la bagatelle de 40 milliards de DH dont 13 rien que pour l’administration des douanes. Est-ce normal que le dossier prenne cette tournure ? Confortablement installé dans les bureaux du directeur général de la Samir à Mohammedia, entouré de certaines ex-collaboratrices très controversées de Jamal Ba-amer qu’il a rappelées auprès de lui, Mohamed El Krimi veille au grain, sans que l’on sache vraiment pour qui il carbure et quelle partition il joue vraiment. Ce qui est sûr c’est que la majorité des créanciers ne sont pas rassurés ni par sa démarche ni par ses méthodes ni par ses marchearrières. « J’ai l’impression que c’est Jamal Ba-amer qui est toujours à la manœuvre même si la justice lui a retiré la fonction de directeur général», lance le représentant d’une banque victime des agissements de la Samir dont l’expatron s’est visiblement rendu coupable de nombre de délits passibles de prison comme la captation de trésorerie. Une entourloupette qui lui a permis de faire facturer par une kyrielle de sociétés créées en son nom dans divers secteurs (tourisme, location de voitures, enseignement de langue, joaillerie de luxe) des prestations payées par les ressources de la Samir alors qu’il n’ignorait en rien la gravité de sa situation financière…Si cela n’est pas un pompage des fonds du raffineur, cela y ressemble beaucoup. Nombre d’observateurs ne comprennent d’ailleurs pas pourquoi le mandataire judiciaire a évité d’orienter son action sur les soupçons d’actes délictueux tels que le faux en écritures comptables, la distribution de dividendes fictifs et autres malversations qui pèsent sur la gestion de Ba-amer… Dans ces conditions, l’on comprend aisément l’avantage inestimable que représente pour Ba-amer et ses amis de ne pas aller vers la mise en liquidation judiciaire qu’il a réussie à casser en faisant appel. Le scénario de rechange retenu, la reprise de l’activité, permet, pendant le processus de dépôt de dossiers de rachat et des négociations qui en résultent, aux dirigeants frauduleusement défaillants, de continuer à vivre sur la bête…La Samir et ses deux filiales, TSPP et SDCC, bénéficient toujours des services d’une boîte spécialisée dans le travail intérimaire et le gardiennage. Finalement, le raffineur n’est pas en faillite pour tout le monde…
 
 
Ahmed ZOUBAIR

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