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Confus de Canard
Dissoudre les communes

Relégué au second plan par l’agitation rifaine, le scandale de la commune de Had Soualem qui a révélé à une opinion très choquée l’ampleur de l’incurie de son président-cache-cash montre encore une fois le vrai visage de la classe politique. Une classe politique déconsidérée qui a réussi, là où elle était censée écrémer un personnel de qualité, à faire de la démocratie locale un beau naufrage qui a emporté dans ses eaux troubles l’espoir d’une action communale propre, crédible et sérieuse. Comment ? En accordant l’investiture à des candidats qui ne cherchent qu’à se servir au lieu de servir. Zine Abidine Houass, l’élu véreux que les réseaux sociaux ont tourné en dérision dans l’affaire de ses 17 milliards retrouvés planqués chez lui, n’est pas un cas isolé. Des profils comme lui, à la moralité douteuse et sans aucun niveau intellectuel, qui ne justifient d’aucune compétence particulière, sinon celle d’achat des voix, peuplent les communes, prenant en otage les intérêts de la collectivité aux dépens desquels ils s’enrichissent indûment au vu et au su de tous. La responsabilité première en revient aux partis qui ont pris l’habitude à infliger aux citoyens dans l’impunité totale des élus qui agissent souvent comme des brigands. Les pouvoirs publics ne sont pas moins responsables en ce sens qu’ils ont continué à cautionner en organisant dans les mêmes conditions scandaleuses des élections communales qui ne servent qu’à perpétuer un système local complètement pourri. En manquant de fermeté et d’exigence envers les partis politiques, le ministère de l’Intérieur a contribué à maintenir ce statu quo ravageur dont les contrecoups en termes de développement sont très couteux. Dans ce monde interlope, où rien ne fonctionne normalement, tout est monnayable, rien n’est gratuit. Il faut passer à la caisse pour obtenir une autorisation de construire, un permis d’habiter ou celui d’ouvrir un commerce. Autrement, c’est le bouton des manœuvres dilatoires qui se déclenche aussitôt. Bonjour la galère. Qu’attendre de candidats qui au vu et au su des autorités, se battent pour la plupart à coup de plusieurs millions de dirhams lors de lacampagne électorale ? Dans un tel contexte, la corruption électorale sous toutes ses formes s’apparente à un investissement qui permet l’achat d’un siège. Quelques candidats véreux sont interpellés sur la base d’écoutes téléphoniques pour donner l’illusion que les abus sont sanctionnés. Mais il en faut évidemment beaucoup plus que ce ravalement de façade occasionnel pour nettoyer ces écuries d’Augias et remettre les communes sur la bonne voie. Vidée depuis longtemps de sa substance, la démocratie locale au Maroc rime avec les pratiques les moins avouables : corruption, concussion, magouilles, clientélisme et trafic d’influence. Banalisées à force de complicité des partis et de passivité des autorités, ces méthodes que tout réprouve ont fini par tuer la crédibilité de l’action communale, rendant illusoire le service honnête à la communauté. Sauf à continuer à se mentir à soi-même ou à s’accommoder de cette situation désastreuse, l’action communale a montré suffisamment de multiples dérives sur le terrain, prenant en otage les intérêts des citoyens et compromettant un développement cohérent des villes et des campagnes pour ne pas marquer une pause, ne serait-ce que pour limiter les dégâts. Pour ne pas avoir fait ce travail d’évaluation salutaire qui aurait permis de repartir sur de nouvelles bases, les Marocains ont dans leur majorité sanctionné cette mascarade locale en votant massivement pour le PJD qui a fait tomber dans son escarcelle la majorité des villes du pays. La démocratie locale ayant tourné de l’avis de tous autant au massacre qu’à la mascarade, la solution serait que l’Etat reprenne ses prérogatives locales là où il les a données en 1976 aux partis. Une reprise provisoire destinée à permettre à ces derniers de faire leur aggiornamento qui déboucherait sur le recrutement d’un vrai personnel politique, jeune, instruit et dynamique. Faute de quoi, il serait illusoire de prétendre construire sur cette faillite communale retentissante une régionalisation saine et solide. Mais tout dépend en fait de la direction que les responsables, ceux qui ont le pouvoir de changer les choses, veulent donner au pays.

A.C

Abdellah CHANKOU

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