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Confus de Canard
Menace sur la paix sociale
Pour qui observe l’évolution des prix au Maroc se rend compte tout de suite qu’ils se situent au-dessus d’un niveau économiquement rationnel. Or, cette vie de plus en plus chère, sans commune mesure avec les bas revenus du plus grand nombre, ne se justifie nullement. Surtout pour certains produits de base comme les fruits, légumes et poissons dont les prix flambent tout au long de l’année avec un pic pendant le mois de ramadan, sans qu’aucun facteur objectif ne vienne justifier cette flambée. Ce qui provoque immanquablement une érosion d’un pouvoir d’achat déjà très faible et annihile quelque part les efforts de solidarité remarquables avec les couches défavorisées déployés tous azimuts par le souverain depuis son avènement au trône. disons-le tout de go : ce n’est pas normal que la mé- nagère à Casablanca paie entre 20 et 30 DH (selon les marchés) son kilo de sardines alors que le prix de première vente (après pêche) de ce petit pélagique dans les halles du port de la capitale économique ne dépasse guère bon an mal an 2,40 DH (un peu plus durant le mois sacré, hausse de la demande oblige). Ce n’est pas normal non plus que les industriels de la conserve achètent à ce prix la sardine tandis que le pauvre consommateur doit débourser 8 ou 10 fois plus pour se préparer une friture ou un tagine de boulettes. Rien ne justifie un tel renchérissement de cette denrée et, frais de transport et marge compris, doit être disponible dans le commerce entre 7 et 10 DH le kilo, de l’avis même d’un armateur. Le même renchérissement touche le poisson blanc comme le saint-pierre, la sole et l’espadon dont la première vente au port de Casablanca ne dépasse guère 10 dh le kilogramme alors qu’ils sont vendus chez le poissonnier final entre 70 et 100 DH en temps normal. Visiblement, il y a un gros dysfonctionnement dans la chaîne du business halieutique et il réside dans la multiplicité des intermédiaires qui prélèvent chacun sa marge au passage sans fournir le moindre service! C’est ce qui explique les prix anormalement élevés du poisson dans les marchés où le consommateur doit dépenser une fortune pour acquérir un produit censée être vendu à son juste prix dans un pays disposant de surcroît de deux belles façades maritimes réputés poissonneuses…Mais pourquoi les autorités compétentes laissent-elles faire et ferment les yeux sur ce qui ressemble fortement à une atteinte flagrante au pouvoir d’achat surtout que ces hausses ne sont nullement dictées par la loi de l’offre et de la demande… Qu’est ce qui empêche les responsables d’agir contre les requins qui s’enrichissent de manière indue aux dépens du citoyen par le seul jeu de la revente ? Que fait le ministère des Affaires générales qui dispose d’une direction de la concurrence et des prix ? Pourquoi Lahcen Daoudi, le ministre de tutelle et ses prédécesseurs se sont soigneusement gardés d’exercer leurs prérogatives pour rétablir la vérité les prix sur le poisson et bien d’autres denrées comme les fruits et légumes ? Au nom de quelle logique les pouvoirs publics livrent-ils les citoyens, notamment les plus fragiles économiquement aux gros poissons de la spéculation ? Autant de questions qui montrent l’importance qu’accorde le gouvernement à la pré- servation du pouvoir d’achat ! Or, il est possible de gagner du pouvoir d’achat dans un pays où le revenu du plus grand nombre reste relativement faible pour peu que les responsables interviennent pour mettre de l’ordre dans les circuits de distribution, qui baignent dans l’anarchie totale, de telle sorte d’y injecter une bonne dose de transparence et d’équité dans les prix. Ceci suppose l’élimination du processus de vente des intervenants en pagaille qui en ces temps extrêmement tendus peuvent constituer une menace pour la paix sociale… Si au Maroc le fond de l’air est à une tension qui depuis quelque temps va crescendo c’est parce qu’une bonne partie de la population, au-delà du boire et du manger, n’en peut plus à cause d’un quotidien qui pèse des tonnes. dans un pays qui crée très peu de richesses et beaucoup de riches qui plus est dans un contexte qui protège très peu les plus vulnérables, ce sont les laissés-pour-compte et son corolaire le ressentiment social qui sont fabriqués en pagaille…
 
 
Abdellah CHANKOU

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