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Confus de Canard
Pour une évolution du roi et du peuple
Maintenant que Zafzafi et consorts ont été envoyés à l’ombre après un hirak (mouvement) que les pouvoirs publics ont curieusement renforcé par leur stratégie de wait and see qui a duré près de sept longs mois, les langues commencent à se délier et les offreurs de service de la société civile commencent à sortir courageusement de leur tanière. Chacun y va de sa petite recette pour résoudre la crise d’El Hoceïma, à commencer par Ilyas El Omari qui - histoire de reprendre la main sur un dossier où il a montré son extrême inutilité - a lancé en tant que pré- sident et enfant de la région via une lettre postée sur son compte facebook l’idée d’un débat national sur le cas El Hoceïma « ouvert à toutes les sensibilités de la société » sans exclusion d’aucun acteur. Dans la même veine, une association du nom de Bayt Al Hikma dont le pré- sident, Fettah Bennani, est monté au créneau a proposé une action de médiation entre les pouvoirs publics et les représentants du mouvement dans l’espoir de récupérer l’affaire El Hoceïma. La même initiative, désintéressée bien sûr, émane du mouvement Damir dirigé par Salah El Ouadie qui se sent de taille à désamorcer la bombe rifaine et de convaincre les manifestants de retourner à la maison. C’est connu, les bonnes intentions cachent souvent des arrière-pensées. Mais nos trois vaillants militants (El Omari, Bennani et El Ouadie), qui ont en commun d’être des anciens gauchistes, ne cherchent qu’à rendre service à un pays où les structures traditionnelles d’encadrement de la population, que sont principalement les partis, ont montré, à la faveur des événements d’El Hoceïma, l’étendue de leur absence sur le terrain et l’ampleur du discrédit qui les frappe. Justement, ces enseignes de la société civile entendent se construire une légitimité sur les décombres des partis avec l’espoir de devenir les nouveaux interlocuteurs privilégiés des autorités. Le malheur des uns peut faire la fortune des autres… Le problème du Maroc et de ses dirigeants c’est justement d’avoir cru que le pays est une grande ONG pouvant être gérée par le tissu associatif. Dès lors, ce dernier a pris petit à petit le dessus sur des partis malades, réduits juste à donner leur caution pour entretenir l’illusion démocratique (élections, communes, gouvernement) alors qu’ils ont perdu depuis longtemps toute crédibilité auprès des citoyens. Ce terrible fossé incarné par la faiblesse chronique des taux de participation au fil des consultations électorales, les gouvernements et les conseils communaux, émanation d’un jeu politique très biaisé, continuaient à se former comme si les partis avaient réellement un ancrage populaire. La déconsidération de la classe politique et la volonté de la réduire à sa plus simple expression, là où il fallait l’aider à se mettre à niveau, ont été tels qu’ils se sont accompagnés depuis plus d’une décennie d’une prolifération sans précédent d’associations dans divers domaines. Une aubaine extraordinaire pour les opportunistes de tout poil qui ont flairé le bon coup, surtout qu’il y a des subsides à toucher en interne et même à l’international sans que les garanties de transparence soient toujours respectées. Mieux, les associations, chouchoutées plus que de raison, commencent à tenir la dragée haute aux autorités qui ont fait d’elles un interlocuteur incontournable. C’est dans ce contexte qu’a vu, par exemple, le jour la fameuse association Daba 2007 de Noureddine Ayouch qui avait vendu aux gouvernants une idée fumeuse mais néanmoins juteuse pour son promoteur consistant à inciter les citoyens à se rendre massivement aux urnes… Certes, l’émergence d’un tissu associatif fort et dynamique a été bénéfique pour le pays à plus d’un titre mais ne saurait en aucun cas remplacer le rôle vital des partis politiques, encore moins se construire sur leurs ruines. On a vu le résultat de l’affaiblissement des formations traditionnelles : il s’est traduit par la fortification du PJD qui était bien parti pour devenir un parti-Etat. La restructuration du RNI autour de Aziz Akhannouch montre la prise de conscience quant au danger que représentait un seul parti hégémonique bâti de surcroît sur une idéologie religieuse. Mais l’avènement d’un rassemblement rénové et proche des citoyens ne doit pas se faire au détriment des autres composantes du paysage politique. Le Maroc retrouvera certainement le chemin de la normalité le jour où il apprendra aussi à faire jouer les institutions en les responsabilisant et non à privilégier les personnalités providentielles. Cela dit, la monarchie n’est pas en équation, elle est le socle du pays et le ciment de son unité. Mais elle doit s’adapter en tenant compte des changements sociétaux actuels pour écrire une autre belle histoire de la nation, celle de l’évolution du roi et du peuple
 
 
Abdellah CHANKOU

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