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Confus de Canard
Faut-il craindre l'effet contagion ?
Nouvelle démonstration de force des manifestants d’El Hoceïma jeudi 18 mai. Plus de 40 000 manifestants selon les organisateurs, moins de 7 000 selon les autorités, cette action de colère, qui s’est déroulée sans aucun dérapage malgré la présence massive des forces de sécurité, se voulait une réponse aux accusations de velléités séparatistes proférées par les chefs de la majorité à l’issue d’une séance de briefing organisée par le ministre de l’Intérieur. Visés par ces accusations qui restent du reste à prouver, les meneurs de ce mouvement contestataire ont répété que leurs revendications sont purement sociales (travail, santé, université…) et qu’elles n’ont aucun soubassement indépendantiste, tout en jurant sur leurs grands dieux qu’ils ne rentreront pas à la maison tant que leurs revendications n’auront pas été satisfaites. Mieux, ils ont décrété que le gouvernement est disqualifié dans la gestion de leur dossier pour cause de promesses restées lettre morte, ils en appellent désormais à une intervention royale après refusé toutes les démarches d’apaisement initiées par le ministère de l’Intérieur et leurs représentants sur place avec des engagements de répondre à leurs revendication. Depuis lundi dernier, c’est chose faite. Le souverain a dépêché sur place une importante délégation ministérielle avec comme mission de réactiver l’exécution des projets programmés de longue date et mettre fin à une situation de tension qui n’a que trop duré… Mais ce n’est pas acquis d’avance : Nasser Zafzafi, le leader de cette jacquerie surprenante par son ampleur et surtout sa résistance (plus de 7 mois), entend faire encore durer le plaisir en gardant la haute main sur cette entreprise que les connaisseurs des dessous des cartes qualifient de déstabilisation politico-sociale qui dépasse la simple fronde sociale classique. Pour le moment, les autorités ont bien géré le conflit, prenant un grand soin à éviter l’étincelle pouvant mettre le feu aux poudres et déboucher sur la répression des manifestants avec tout ce que cela suppose comme conséquences fâ- cheuses sur l’image du pays et même sa stabilité. Le «cocktail» se révélerait alors explosif surtout si la révolte déborde au-délà des frontières du Rif avec relèvement du plafond des revendications… Depuis quelques jours en effet, les appels à manifester se multiplient sur les réseaux sociaux. Faut-il craindre le pire ? Les ennemis du Maroc, tapis dans l’ombre, misent certainement sur ce scénario qui a fonctionné ailleurs avec les dégâts dramatiques que l’on sait… Il est certain que des officines tentent d’instrumentaliser l’agitation rifaine dans l’espoir de voir se réaliser ce que certains ont baptisé la république du Rif (en fait une organisation tribale) proclamée en 1922 par Abdelkrim Al Khattabi dans les montagnes du Rif. Zafzafi, le jeune désœuvré dont le père a été un proche collaborateur de Khattabi se vit-il en nouveau Abdelkrim qu’il cite à tout bout de champs ? Une chose est sûre : Le terreau rifain et même au-delà est favorable à ce genre d’aventure et d’épiphénomène. En cause, la mauvaise répartition des richesses et les inégalités sociales qui loin de se réduire ne font que s’accentuer partout au Maroc. Un problème de gouvernance et de priorité assurément. Ce qu’exprime le mouvement d’El Hoceïma est une espèce de défiance civique envers les pouvoirs publics coupables d’avoir marginalisé le Rif. Témoin les slogans brandis et les paroles lancées par les manifestants dont certains brandissaient des drapeaux amazighs ou de l’éphé- mère « république du Rif ». Là où les autorités voient la preuve de velléités indépendantistes peut aussi être interprété comme symbole identitaire rifain et signe de grande fierté des habitants dont les meneurs se défendent de tout projet séparatiste. Certains d’entre eux sont allés jusqu’à exiger des excuses de la part du ministre de l’Intérieur pour avoir mis en cause le patriotisme des manifestants. Que va faire Zafzafi avec son mouvement de ré- voltés chauffés à blanc après le déplacement à El Hoceïma sur instruction royale d’une belle brochette de ministres? Signifier à ses ouailles que la fête est finie, qu’ils doivent remiser leurs banderoles et retourner à la maison ou maintenir comme il l’envisage la pression sur les pouvoirs publics au risque de provoquer une confrontation avec les forces de l’ordre ?
 
 
Abdellah CHANKOU

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