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Confus de Canard
Faire bouger les lignes…
En cette moitié de 2017, le Maroc renvoie toujours l’image d’un avion en instance de décollage. Immobilisé sur le tarmac, victime d’avaries insidieuses qui l’empêchent de prendre enfin son envol. En fait, beaucoup de dysfonctionnements (éducatifs, politiques et sociaux…) en se conjuguant occultent quelque peu les performances remarquables réalisées (infrastructures, solidarité, conquête de l’Afrique, lutte contre le terrorisme…) et concourent à plomber ce décollage alors même que sont réunies les conditions objectives qui militent pour le contraire. Le paradoxe ! En cause, la panne structurelle de la machine à écrémer les élites qui permet le renouvellement régulier de la classe dirigeante. Chose qu’on n’a pas vu dans le nouveau gouvernement reconduit pratiquement aux 3/4 de ses membres. Très peu de nouveaux visages, beaucoup de chaises musicales et finalement une lassitude grandissante de l’opinion. Le même scénario se répète depuis des lustres dans la haute fonction publique comme les offices et l’administration du territoire. Tout se passe comme si le pays était frappé de stérilité dès qu’il s’agit d’injecter du sang neuf dans le service de l’Etat et la classe politique figés dans des sché- mas anciens. Après cela, on trouve le moyen de s’étonner du divorce entre gouvernants et citoyens et que ces derniers se désintéressent de la politique et désertent les bureaux de vote le jour de scrutin. Comment voulez-vous que les Marocains ne se sentent pas frustrés en découvrant l’ampleur du rajeunissement des cadres provoqué dans le sillage de l’arrivée à l’Elysée, grâce à sa jeune startup politique, d’Emmanuel Macron? Pourquoi eux et pas nous ? A l’heure de la communication instantanée de masse facilitée par les chaînes satellitaires et les réseaux sociaux, les gens commencent à s’interroger en comparant… Sommes-nous condamnés à subir en permanence ce décalage générationnel entre les hommes au pouvoir et une population essentiellement jeune ? Or, les uns ne peuvent par la force des choses qu’être déconnectés par rapport aux aspirations des autres. La situation s’aggrave lorsque les premiers, qui conçoivent généralement la responsabilité comme un privilège, ne sont pas vraiment soumis à la reddition des comptes. En somme, il convient, tout en sauvegardant ce qui représente le socle de valeurs de la nation, de faire bouger les lignes et bousculer certains codes pour libérer les énergies et donner des raisons d’espérer dans un Maroc meilleur. Pas de sang neuf non plus dans la démocratie locale engluée dans les pratiques du passé avec des élus éloignés des vrais problèmes des citoyens et qui continuent à reproduire les mêmes réflexes contre-productifs. La régionalisation avancée, qui aurait pu être la solution aux disparités entre régions en réduisant le sous-développement territorial, a du mal à se déployer sur le terrain, du moins telle qu’elle est célébrée dans le discours officiel, même si les présidents de région ont gagné en attributions. La raison? L’essentiel du pouvoir demeure concentré entre les mains des walis et il faut toujours s’en référer à Rabat pour obtenir le feu vert pour la mise en œuvre de tel ou tel projet. Comment est-il concevable par exemple que le ministre du Pôle Education Mohamed Hassad puisse, avec toutes les compétences qui lui sont reconnues, gérer objectivement depuis son bureau de Rabat plus 350.000 fonctionnaires de ce secteur vital ? Le début de la réforme de l’école publique réside peut-être dans une vision régionalisée de l’enseignement dans le cadre d’une véritable autonomie. La même démarche vaut pour la mise à niveau de l’administration qui reste depuis plusieurs décennies prisonnière de professions de foi sans aucune prise sur la réalité, faute d’une vision régionalisée de la réforme. La vérité c’est que le Maroc, malgré l’existence de collectivités locales ou territoriales élues, reste un Etat très centralisé, peu décentralisé et déconcentré en raison d’une haute administration qui ne veut rien lâcher de ses prérogatives. Osons le changement en adoptant des stratégies de rupture susceptibles de sortir le pays et ses forces vives des canevas sclérosés du passé. L’avenir se construit aujourd’hui.
Abdellah CHANKOU

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