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Confus de Canard
Les leçons d’une présidentielle
L'élite marocaine, tout comme sa consœur algérienne et tunisienne, s’est passionnée des semaines durant pour la présidentielle française. Une manière de vivre par procuration la démocra- tie que l’état des partis locaux, profondément usés, fripés et frappés depuis longtemps de dis- crédit, ne permet pas d’offrir au citoyen-élec- teur, qui se voit infliger à son corps défendant, à chaque consultation électorale, le même spectacle désolant, ni programmes dignes de ce nom, ni candidats charismatiques porteurs de projets de société crédibles, ni débat qui permet de choisir en connaissance de cause… Rien d’excitant. Juste des promesses très peu sérieuses débitées dans un climat violent do- miné par un échange d’invectives et d’accu- sations de recours à l’argent sale pour l’achat des voix. Vue du Maghreb, cette présidentielle fran- çaise qui s’est achevée sur la victoire au se- cond tour d’Emmanuel Macron a réuni tous les ingrédients d’une élection démocratique qui a mis en compétition, arguments contre arguments, idées contre idées, deux visions antagonistes de la France de demain. Résul- tat: Défaite de Marine Le Pen, la marchande du repli sur soi et de la haine de l’autre, digne représentante du populisme qui se nourrit des peurs des plus fragiles, face au candidat nou- veau, héraut pour ses partisans d’un certain renouveau, adepte d’une France de l’ouver- ture, qui refuse de faire de l’Europe le bouc émissaire de la crise multiforme qui mine son pays. Du choc des idées, les unes bâties sur la dé- tresse des accidentés de la mondialisation qui ne se voient offrir aucune alternative concrète et crédible et les autres prônant le rejet du dé- faitisme et le retour à «l’esprit de conquête» français, a jailli la lumière qui a permis au peuple français dans un sursaut admirable de faire barrage au lepénisme alors même que le front républicain qui avait fonctionné en 2002 s’est effrité quinze ans plus tard. Moralité : Seul un peuple instruit, doté d’une véritable conscience politique et suffisamment éveillé pour ne pas céder facilement aux sirènes du populisme, représente un vrai rempart contre les promoteurs des extrêmes. Le Maroc a les siens et ils ont réussi, à coups de carita- tif politisé sur fond de promesses illusoires, à se poser en seul alternative politique crédible pour finalement prendre les commandes du pouvoir communal et législatif. Sans que les partis classiques, discrédités et affaiblis, ne soient capables de leur faire pièce en appor- tant une vraie réponse aux problèmes de fond des citoyens. Le Maroc paie ainsi le défaut structurel de renouvellement de sa classe politique restée longtemps recroquevillée sur de vieux ré- flexes du passé devenus aujourd’hui contreproductifs, voire pénalisants. En France, l’avènement du jeune Macron a bousculé les codes politiques traditionnels tout en donnant un coup de vieux énergique à la droite et au Parti socialiste qui ont mono- polisé le pouvoir depuis plus de 50 ans. Audelà de son ascension politique fulgurante, le nouveau président, qui était encore inconnu des Français il y a trois ans, a su capter mieux que ses adversaires le désir de changement de ses compatriotes profondément lassés par une bipolarisation partisane devenue stérile. Mais le plus dur commence pour lui. Mettre en mu- sique dans la cohésion et le consensus son pro- gramme de rupture sur lequel il a rassemblé un large électorat. Ce qui est loin d’être acquis. La fronde a déjà commencé avant même qu’il ne soit officiellement investi… La France vat-elle encore tourner en Mac-ron ?
 
Abdellah CHANKOU

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