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Confus de Canard
Insécurité éducative
Très peu flatteur pour le Maroc dont il a relativisé les progrès réalisés a cours des 15 dernières années. Le dernier mémorandum de la Banque mondiale, « le Maroc à l’horizon 2040 : capital immatériel et les voies de l’émergence économique », doit normalement interpeller le gouvernement Al Othmani pour tenter de rectifier le tir. Et remettre le Maroc sur les rails du décollage économique tant attendu qui suppose une rupture nette avec l’égarement qui a caractérisé les politiques publiques. En cause, le faible taux de croissance (pas plus de 3%) de l’économie marocaine alors que les pays qui ont amorcé leur décollage économique comme la Corée du Sud, l’Espagne, le Portugal, la Turquie, le Chili ou Taïwan, soulignent les analystes de la Banque mondiale, ont réalisé des taux de croissance supérieurs à 4% sur 2 ou 3 décennies. En fait, comparaison n’est pas raison ne serait-ce que parce que les contextes politico-économiques des uns et des autres ne sont pas les mêmes et que chaque pays a ses spécificités qui ralentissent ou accélèrent son développement. De prime abord, on peut certes s’étonner que le Maroc ait raté sa montée en puissance dans l’économie mondiale compte tenu, comme cela a été signalé dans ce rapport, de l’importance de son effort d’investissement qui le propulse au 3ème rang mondial après la Chine et la Corée du Sud, mais aussi de ses multiples atouts dont le moins négligeable étant sa proximité avec l’Europe. Or, ce paradoxe n’a qu’une seule explication : la fracture éducative et éducationnelle qui n’a cessé de s’aggraver du fait de la faillite de l’école publique provoquée essentiellement par une arabisation improvisée et bâclée. Le Maroc n’en finit pas de payer lourdement le prix de ce ratage monumental et du retard pris (deux dé- cennies au moins) dans la mise à niveau de son enseignement. Les points de croissance qui manquent au Royaume pour initier son décollage économique ont été justement bouffés par le sous-développement éducatif et son corollaire que sont la baisse du niveau scolaire, le décrochage, l’inadéquation formationmarché de l’emploi, une main d’œuvre sous-qualifiée et le chômage de masse des jeunes. En d’autres termes, l’économie nationale, malgré la sauvegarde des grands équilibres macro-économiques et la politique des grands travaux (autoroutes, ports, plans sectoriels…), n’est pas assez productive pour générer la richesse escomptée. Le moteur du développement qu’est l’école étant en panne, il était impossible pour le Maroc de prendre son envol. Si l’Initiative nationale de développement humain (INDH) lancée en mai 2005 a pu réduire l’ampleur des déficits sociaux (pauvreté, précarité et exclusion) via notamment le soutien aux activités génératrices de revenus, elle n’a pas en revanche permis d’inflé- chir la courbe de cette dérive éducative qui poursuivait son ascendance avec un enseignement à plusieurs vitesses. Résultat : Pendant que les enfants d’une minorité privilégiée scolarisés dans le privé entamait sa marche vers un avenir meilleur, la majorité des Marocains, du fait même de leur milieu de naissance, est condamné à vivre à la marge ! Dès lors, l’égalité devant l’école, grâce à un tronc commun du primaire au bac censé correspondre à la scolarité obligatoire, a volé en éclats. Pour sortir le pays cette spirale négative qui plombe ses efforts les plus louables, la Banque mondiale recommande de revenir à l’évidence : réorienter l’investissement public de manière prioritaire vers le capital humain de manière à mettre l’éducation dans son acception la plus large au cœur de la stratégie de développement nationale. C’est à ce prix qu’un «miracle éducatif» peut se produire et espérer installer dans les différentes strates de la société un cercle vertueux susceptible de nourrir d’un sang neuf et positif les veines d’une économie nationale anémique. C’est à ce prix aussi que le Maroc pourra se remettre au travail (productif), créer des richesses et non des riches et rompre avec la culture de la combine et du moindre effort qui s’est installée dans la société. En un mot, il s’agit de bâtir l’homme marocain en le dotant des compétences nécessaires à son épanouissement et à son autonomie, sauf à vouloir continuer à alimenter la cohorte de millions de ces laissés-pourcompte et d’assistés sans grade ni niveau, rivés au bas de l’échelle sociale, qui, pleins de ressentiment, constituent un terreau fertile pour les marchands de l’obscurantisme. Gare à l’insécurité éducative !
Abdellah CHANKOU

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