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Le Maigret du Canard
Une bombe écologique nommée Mohammedia
A Mohammedia, ville située sur l’axe RabatCasablanca, ce ne sont plus les hirondelles qui annoncent le printemps, mais les vents qui soufflent chaque année violemment, apportant leur lot de poussières toxiques, au point que les résidents se retrouvent en se réveillant noyés sous de grosses couches de poussières noires et scintillantes. Le phénomène est tellement récurrent que les habitants ont organisé le dimanche 16 avril un sit-in devant la pré- fecture pour dénoncer le silence complice des responsables. Des femmes armées d’ordonnances médicales, d’autres traînant des enfants faméliques, atteints d’affections pulmonaires, des personnes âgées éprouvées par des allergies à répétition, de simples citoyens inquiets pour leur santé et l’avenir de leur progéniture face à une pollution qui est devenu d’une visibilité flagrante. Les manifestants ont donné libre cours à leur colère contre toutes ces unités industrielles implantées depuis longtemps à Mohammedia qui rejettent des fumées saturées de gaz toxiques. Si la raffinerie de la Samir à l’arrêt depuis près deux ans ne dégage plus de saloperies dans l’air, les autres pollueurs et non des moindres sont toujours en activité, principalement Maghreb Steel, la Snep et la centrale thermique. Mais c’est l’activité de la filiale de Ynna Holding, la Snep, qui porte le plus atteinte à la santé des habitants et à l’environnement puisque le travail en amont du plastique libère des concentrations élevées de substances toxiques dangereuses. Et quand ce plastique est de mauvaise qualité, les substances toxiques libérées attaquent les voies respiratoires, et peuvent endommager le système nerveux et les organes internes. Principaux accusés, le PVC et les phtalates. En fait, toutes les substances utilisées dans la fabrication des PVC (le chlorure de vinyle, toluène, ethylbenzène, phénol, méthyl isobutyl cétone, xylène, acétophénone et cumène) ont été identifiées par l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA) comme des polluants atmosphé- riques dangereux et reconnues comme carcinogènes. Résultat, tout le monde s’accorde à reconnaître que les données chiffrées de l’étude réalisée il y a une dizaine d’années par Mohammedia-Air pole concernant des maladies respiratoires en hausse à cause des polluants atmosphériques devront être revues à la hausse. Les spé- cialistes avaient mesuré le rapport de causalité à court terme entre les polluants atmosphériques, les crises d’asthme et les symptômes respiratoires dans la population infantile. Cette enquête avait porté sur un échantillon de 76 enfants asthmatiques entre 12 et 15 ans dans 5 centres de santé de l’ex-cité des fleurs devenue ville des pleurs… La majorité des cas a souffert pendant la durée de l’étude de crises d’asthme et de symptômes respiratoires. Les indicateurs de pollution pris en considération dans le cadre de cette étude épidémiologique sont le dioxyde de soufre (SO2) et le monoxyde d’azote (NO). Crises Les auteurs de l’enquête attirent l’attention sur le fait qu’«ils ne sont qu’un reflet partiel de la complexité de la pollution atmosphérique urbaine, composée de centaines d’espèces chimiques qui réagissent entre eux». Quant aux indicateurs sanitaires, il s’agit du nombre journalier de crises d’asthme, de sifflements dans la poitrine, de réveils dus aux toux nocturnes, de gêne et d’infection respiratoire et enfin de prise de médicaments antiasthmatiques. Même tendance de hausse pour le monoxyde d’azote avec des taux nettement moins élevés. En général, cette étude, réalisée auprès d’enfants asthmatiques, met en évidence des liens entre la survenue et la durée des crises d’asthme et des épisodes de toux nocturne avec l’indicateur de pollution SO2. Même constat de liaison entre les autres indicateurs de santé, gêne respiratoire et prise de médicaments et le dioxyde de soufre. Le monoxyde d’azote provoque lui aussi des crises d’asthme et des toux nocturnes auxquelles s’ajoutent des fièvres. Les conclusions d’un mémoire de fin d’études sur « la pollution atmosphérique à Mohammedia (Maroc) soutenu à la faculté des Sciences et Techniques de Mohammedia, (département de Génie des Procédés et Environnement) en 2015, sont sans appel : «Nous avons observé des concentrations relativement importantes de plomb dans les lichens. La ville de Mohammedia est ceinturée par une importante zone industrielle comme la S.N.E.P. (usine de production de plastique...) et SAMIR (la première raffinerie pétrolière au Maroc) ; de plus, elle abrite le premier port pétrolier du pays et c’est la principale source de contamination en éléments traces dans cette région. La zone industrielle est la station la plus contaminée en plomb, cadmium et en zinc, un diagnostic confirmé par les relevés effectués au niveau de la station S2. L’analyse des élé- ments traces métalliques plomb, cadmium et zinc, réalisée à travers le suivi spatio-temporel de plomb et spécial de cadmium et zinc de l’atmosphère de la région de Mohammedia montre que la variation saisonnière atmosphé- rique pour le plomb au niveau de tous les sites est très marquée avec des teneurs plus élevées en hiver et des teneurs plus basses en En été». Les conclusions d’une étude sur l’épuration des eaux usées de Mohammedia ont fait état d’une réalité alarmante à cause du degré de mercure: 235g/j pendant la période sèche et 635 g/j au cours de la période humide. Plusieurs associations ont tiré la sonnette d’alarme pour pousser les responsables à prendre des mesures allant dans le sens de la protection de l’environnement et de la santé de la population. En vain.
 
 
Saliha TOUMI

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