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Le Maigret du Canard
Al Amoudi, le nouveau saigneur d'Ethiopie
Le compte à rebours a-t-il commencé pour Cheikh Mohamed hussein Al Amoudi? Après avoir plombé l’avenir de la Samir qui cherche désespéré- ment repreneur après avoir été victime de ce qui ressemble à une faillite organisée, le milliardaire saoudo-éthiopien a pour la première fois reçu une mise en garde sévère des autorités éthiopiennes. Motif du rappel à l’ordre : les magouilles de Midroc Gold Mine, filiale du groupe du magnat saoudo- éthiopien dans ce pays africain. La house of Peoples Representatives vient d'accuser Midroc Gold Mine de tromperie sur ses activités d'extraction minière. Midroc Ethiopia Technology Group qui avait annoncé en mai 2015 un projet d'expansion de quatre milliards de dollars pour Midroc Gold, sa filiale d'exploration minière, est accusé de ne pas avoir tenu la moindre de ses promesses. La société, par la voix même de son patron, avait en effet annoncé en 2015 la mise en œuvre de ce projet d'exploitation aurifère pour un investissement de 4,2 milliards de dollars dans une zone à haut potentiel nouvellement découverte dans la région de Benishangul-Gumuz. «Le nouveau site sera la plus grande mine d'or en Afrique, comme l'indique une étude», s’était gargarisé Cheikh Mohammed Al-Amoudi, actionnaire et président de MIdROC Ethiopie, lors de la présentation du projet Shakiso à l’occasion d'un gueuleton organisé à l'hôtel Sheraton Addis, le 7 mai 2015. Cette mine représente le troisième site d'exploitation aurifère pour MIdROC Gold en plus des deux autres existants à Legedembi et Saro dans la région d'Oromia. L’Ethiopie a vendu près de 48 tonnes d’or pour une valeur de 540,5 millions de dollars au cours des 10 dernières années, selon la Banque nationale d’Ethiopie. 34 tonnes d'or en 15 ans, 27 milliards de dollars de revenus et quelque 650 emplois, tels sont les objectifs sur lesquels s’était engagé Al Amoudi et ses associés. Mais les autorités éthiopiennes, à commencer par le trésor public, n’ont encore rien vu venir. d’où l’exaspération des responsables locaux dont une bonne partie commence à en avoir assez de l’arrogance de celui qui se fait appeler « le sultan d’Addis Abebba » par des thuriféraires repus de pétrodollars. Toujours en Ethiopie, la seconde grosse boite de Amoudi bat également de l’aile : Elfora Agro-industrie Plc. Là encore, difficile de faire la part des choses dans un projet gigantesque où s’entremêlent intérêts publics et intérêts privés. Difficile en effet dans ces conditions de distinguer ce qui relève de la stratégie pécuniaire du milliardaire et les objectifs de l'État éthiopien. dans le cadre de la politique éthiopienne de privatisation, le groupe Midroc d'Al Amoudi avait racheté en 1997 d’une seule traite les sept entreprises nationales de transformation et d'exportation de bétail qui font alors partie de l'Ethiopian Meat Agency. Alors que les exportations éthiopiennes sont bloquées l'année suivante par les embargos sanitaires qui touchent l'ensemble des pays de la Corne de l'Afrique, Al Amoudi s'investit personnellement dans la négociation saoudo-éthiopienne. Et miracle, en 2002, l'embargo est levé pour les exportations éthiopiennes de bétail et de viande grâce à l’entregent du magnat binational qui possède des réseaux au cœur du pouvoir saoudien. Ce qui devrait permettre d'inverser le flux du bétail de la région somali, dont le mouton à tête noire produit une viande particulièrement appré- ciée en Arabie saoudite. La filière export n’arrivant pas malgré tout à se remettre de ses difficultés, la filiale du groupe Midroc, Elfora, se détournera des exportations de bétail vivant pour se concentrer sur les complexes de viande (abattoirs et usines de conditionnement). En 2004, le groupe Midroc crée TransNation Airways, une compagnie aérienne de transport de fret et accessoirement de passagers, dont l'objectif réel est le transport de la viande produite par Elfora. (Addis Tribune, 23 juin 2004). Le groupe entier est engagé dans la structuration du secteur d'exportation de produits animaux. Afin d'accéder au bétail de qualité export, Elfora pioche largement dans les caisses du programme de développement Parima (Pastoral Risk Management on East Africa's Rangeland), financé par l'USAID, destiné à intégrer le bétail des éleveurs Borana en Oromiya au marché d'exportation.
 
Confiance
 
En effet, une évaluation mise en place par le Comité et Parima montre que l'ensemble des abattoirs d'exportation fonctionne en sous-capacité. La région Borana (au sud du pays, en Oromiya), au cœur du projet Parima, ne béné- ficiant vraisemblablement pas des réseaux anciens des pasteurs somali pour accéder au marché international devient le centre d'un système liant l'État, les ONG et les grands industriels de la viande, dont le leader est Elfora (Solomon Desta, 2006). En 2015, Al Amoudi a pourtant bien tenté de ne pas mettre ses œufs dans le même panier puisqu’il avait lancé une filiale volaille qui produit 30 millions d'œufs et 500 tonnes de viande, dont une partie de la production est exportée sur le marché djiboutien. Cette diversification, pour un investissement de 870 millions de dollars, avec en parallèle la production d'aliments pour animaux masque mal l’échec du magnat du pétrole dans le secteur agricole éthiopien. Résultat : les résultats escomptés en termes de rentabilité ne sont pas au rendez-vous et Al Amoudi n’arrive plus à masquer la faillite de son projet : les abattoirs d'exportation fonctionnent toujours en sous-crégime et le programme n'a pas suffi à construire des relations de confiance entre les éleveurs et les courtiers nommés par les industriels. Ce qui n’empêche pas celui qu’on nomme «le propriétaire de l’Ethiopie» de jeter la pierre aux journalistes locaux « qui ne rendent pas assez compte des performance de ses entreprises », poussant l’arrogance jusqu’à menacer de suspendre ses investissements dans le pays «si les gens considéraient encore ses efforts comme une tentative de s’accaparer toutes les terres du pays». Un vrai saint ce Al Amoudi !
Ahmed ZOUBAIR

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